Réflexions autour de la séparation *PARTIE 1*

– Place des enfants, responsabilités des parents-

A la fois mondialisée et individualisée, la société occidentale en demande toujours davantage à ses membres, ce qui rejaillit sur l’équilibre familial et la place des parents, des enfants et des individus évoluant en son sein :
« On en demande beaucoup aux familles. Cela explique peut-être en partie le nombre important d’unions de fait et le haut taux de séparation et divorce. D’une part, on hésite à s’engager, d’autre part, on pense vite à la séparation si la vie de couple ne répond plus aux attentes. »[1]
Rapidité, compétitivité, vitesse, rendement, prendre du temps pour soi mais aussi pour les autres,… des injonctions nombreuses et souvent paradoxales qui peuvent engendrer de la confusion.
Faisons le point…

La séparation : entre chaos et opportunité

 

Point culminant du conflit dans le couple, la séparation est la plupart du temps vécue comme un échec, un anéantissement, une destruction de tout ce que le couple a pu construire durant ses années de vie commune. Psychiquement, l’analogie est désormais entendue : on parle du « deuil de la relation » pour évoquer le processus en marche lors d’une séparation, de la même façon que lors du décès d’un être cher. Il y a quelque chose de l’ordre de la perte dans la séparation. Mais se référer aux étapes du deuil ouvre une porte plus optimiste : le deuil prend la forme d’une vague qui vient clairement imager le processus en action.
 
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Il est à noter que la phase ascendante dépasse in fine la phase initiale, augmentant ainsi et de fait, l’acception positive du processus.
De la même façon, la découverte de l’idéogramme chinois du mot « crise » a fait émerger puis avancer ma réflexion à ce sujet :
« En chinois mandarin, le mot crise se dit weiji. Ce mot comprend deux caractères: le wei que nous retrouvons dans le mot weixian qui veut dire danger, et le caractère ji que nous retrouvons dans le mot jihui qui veut dire opportunité, occasion. »[3]
Ainsi, si la séparation est entendue comme étant un moment de crise dans les cycles de vie de la famille, elle peut également instiller l’élan du changement, la création du renouveau. À condition que les capacités d’adaptation et l’énergie créatrice des personnes puissent être mobilisées à ce moment-là, car « Ce conflit qui s’embrase au niveau conjugal menace la fonction et la relation parentales et risque de se répercuter sur l’enfant. »[4]
De ce fait, il est essentiel de prendre toute la mesure de la réalité des ressentiments, des émotions extrêmes pouvant être vécues dans une situation de séparation et ce, par chacun des membres de la famille.

Rester parents, c’est…

 

…Rester responsables conjointement de l’éducation et du quotidien des enfants.
Même après leur séparation, les deux parents restent pleinement co-détenteurs de l’autorité parentale aux yeux de la Loi française.[5]
Ainsi, même si les bouleversements sont nombreux, les émotions fortes et les situations familiales complexes, « on est parent pour la vie. »[6] selon la formule d’Annie Babu et Pierrette Bonnoure-Aufière.
Ce qui implique de pouvoir conserver des relations d’une qualité suffisante pour que des transmissions au sujet des enfants puissent s’effectuer dans le but de conserver une cohérence parentale. Cette cohérence est nécessaire au bien-être et à l’évolution de l’enfant et constitue un véritable pilier qui l’aidera à grandir dans la sécurité, grâce à des repères clairs. Bien entendu, l’idée n’est pas de “faire bloc face aux enfants” mais bien d’assurer le minimum de communication requis pour permettre un passage des informations concernant les enfants, et ce, le plus sereinement possible.
Rester parents, c’est aussi savoir rester protecteur, assurer la sécurité de l’enfant malgré la tempête.
De sa sécurité physique, bien entendu, mais aussi affective :
« Apaiser l’enfant, le comprendre, lui donner le sentiment d’être en sécurité avec ses parents : ‘’je peux toujours compter sur mes parents, même si je me sens mal, si je suis en colère. Ils ne me rejettent pas, ils comprennent ce que je ressens.’’ Ce sentiment de sécurité affective donne de la confiance, de l’assurance. C’est un socle pour grandir, construire peu à peu son identité, penser par soi-même et devenir responsable de soi. »[7]
Lorsque la séparation fait émerger une souffrance importante chez le parent, il lui devient complexe de mobiliser l’énergie nécessaire à l’accomplissement satisfaisant de sa fonction parentale.
En effet, comment rester un parent sécurisant lorsque l’on est soi-même en situation d’insécurité affective ?
Il semble primordial que le parent puisse en premier lieu s’occuper de lui, de son malaise, de ce qui se passe en lui, émotionnellement, sans pour autant négliger l’enfant et tout en gardant à l’esprit que les tumultes émotionnels de ses parents peuvent provoquer chez l’enfant un état « sacrificiel », se niant lui-même au profit du parent qui « va mal ».
En mettant des mots sur ses émotions d’adulte pour pouvoir à son tour comprendre et nommer celles de l’enfant, le parent lui garantira plus de sérénité, lui permettant de vivre pleinement ses émotions à lui, sans être dans la crainte de créer de l’insécurité et du désarroi chez papa ou maman.

Et les enfants dans tout ça ?

 

« – Et nous ?! dit Julie en hurlant. Tu vas divorcer d’avec nous, aussi ? Tu ne nous aimes plus, c’est ça ? Tu préfères quelqu’un d’autre ?! »

Béatrice GALLOT, Et nous dans tout ça ? 2011

 

A l’instar de ses parents, l’enfant va entrer, lui aussi, dans un processus de deuil. En effet, il lui faudra faire le deuil du couple parental idéalisé, du modèle parental uni, de sa vie quotidienne présente, de certaines de ses certitudes ainsi que de la plupart de ses habitudes.
« Souffrance de devoir renoncer à la relation quotidienne avec un des parents, nostalgie de ne plus vivre avec papa et maman ensemble, perte de l’enveloppe familiale commune, la séparation parentale est une épreuve dans la vie de l’enfant. Il la surmontera s’il peut être écouté, accompagné. La séparation est angoissante pour l’enfant. La relation à chacun de ses parents n’est-elle pas aussi menacée? »[8]
De ce fait, l’enfant sera également pris dans un tourbillon émotionnel mêlé d’ambivalence où il lui sera compliqué de (re)trouver des repères. Il pourra aussi connaître la peur de perdre un de ses parents, de faire du mal à l’un ou à l’autre, ce qui risque de le pousser à réprimer ses émotions. Il se peut également qu’il se sente coupable de la séparation de ses parents :
« La culpabilité est présente aussi: face à cette situation de détresse, l’enfant croit qu’il aurait pu éviter cet événement douloureux, il lui arrive d’imaginer en être responsable. »[9]
Pour l’enfant, assister à la séparation de ses parents est donc le plus souvent synonyme de souffrance et d’incompréhension mêlées d’incertitudes quant à son avenir et à celui de ses parents. Les enjeux de la place de l’enfant dans ce cadre de séparation familiale resurgissent alors:
« La possibilité de permettre à un enfant d’être élevé par ses deux parents, lors de séparations familiales semble répondre à un besoin essentiel des enfants : celui d’avoir accès à ses deux parents, à sa filiation, à sa culture et d’être ainsi mis à l’écart du conflit en l’excluant de la relation avec l’un des deux ! »[10]
Dans ce contexte, considérer la souffrance de l’enfant au même titre que celle de chaque parent semble nécessaire pour permettre la construction de son identité, sur le modèle que lui offre chacun de ses deux parents, fussent-ils séparés. Bien entendu, il est question ici de toute situation « classique » où l’enfant ne serait en danger chez aucun de ses parents.

Quelle place pour l’enfant dans la séparation de ses parents ?

A la souffrance, au désarroi et à l’éventuelle culpabilité, s’ajoute pour l’enfant un sentiment d’impuissance face à la réalité de la situation :
« À la différence de ses parents qui sont acteurs de ce qui se joue, l’enfant assiste en simple spectateur à la fin de la vie telle qu’il l’a connue jusque-là. Il n’a aucun pouvoir sur ce qui arrive et est soumis à la façon dont ses parents gèrent la situation. »[11]
De plus, lors d’une séparation très conflictuelle, l’enfant est souvent synonyme d’enjeu pour ses parents qui, troublés par leurs souffrances d’adultes, voient parfois en lui un moyen de faire pression sur l’autre, jugé « responsable du malheur ». Il peut également devenir un « étendard », un bouclier derrière lequel le parent s’érigera lui-même en victime de ce qu’il vit comme étant des abus de la part de l’autre parent. Bien que ces mécanismes soient le plus souvent inconscients, la souffrance de l’enfant n’en est pas moins instrumentalisée pour servir le maintien du conflit qui oppose les parents.
Dans tous les cas, il s’agit d’un dysfonctionnement dans lequel l’enfant va se retrouver engouffré, porté par la façon que vont avoir ses parents de gérer le conflit qui les oppose.
Ces mécanismes, qui demandent à l’enfant de déployer une énergie considérable, s’opèrent souvent au détriment d’autres activités inhérentes à sa vie d’enfant. À trop s’investir dans le conflit parental, il n’a plus alors les capacités de trouver les ressources nécessaires à son épanouissement personnel.
C’est alors que peuvent advenir divers troubles chez l’enfant (désintérêt scolaire, troubles du comportement, baisse d’énergie, symptômes psychosomatiques…), qui rendront visible le dysfonctionnement relationnel parental.

Du point de vue de l’enfant…

…l’essentiel est que ses parents puissent rester quoiqu’il arrive, dans le prisme de sa protection, en étant attentifs à ne pas lui remplir le cerveau et les oreilles de leurs problématiques d’ancien couple.
C’est aux adultes de gérer ça, pas à l’enfant.
Et si, bien entendu, les parents ont le droit de ne pas être d’accord, ils ont aussi le devoir de prendre leurs responsabilités vis-à-vis de leur enfant, en faisant preuve d’ouverture, de discussion et de capacités à négocier afin de le débarrasser de ces rôles qu’on lui confère et qui ne sont pas les siens.
Et je conclurai la première partie de ce dossier consacré à la séparation familiale par une citation de Jocelyne Dahan, qui aurait pu se suffire à elle-même :
« La transmission des schémas parentaux sert de base, d’appui aux enfants pour se construire en toute sécurité, car les enfants d’aujourd’hui, adultes du 21ème siècle, auront vraisemblablement eux-aussi à accompagner leurs enfants. »[12]
Aude, pour la Team Enfances Epanouies
[1] A.BABU, P.BONNOURE-AUFIERE, Le guide de la médiation familiale, p.19.
[3] P.LAURENT, « Express Yourself : la crise, une opportunité au cœur du danger », L’EXPRESS en ligne, Juillet 2012.
[4] G.MONNOYE, Le professionnel, les parents et l’enfant face au remue-ménage de la séparation conjugale, Ed. YAPAKA, Coll. Temps d’Arrêt, Bruxelles, 2005, p.6.
[5] Loi du 4 mars 2002 relative à l’autorité parentale, Art.6.
[6] A.BABU, P.BONNOURE-AUFIERE, op.cit., p.20.
[7] C.GUEGUEN, Pour une enfance heureuse, p.314-315.
[8] G.MONNOYE, op.cit., p.15.
[9] Idem, p.16.
[10] J.DAHAN, E. De SCHOENEN-DESARNAUTS, Se séparer sans se déchirer, Ed. Robert Laffont, Coll. Réponses, Paris, 2000, p.142.
[11] « L’enfant pris dans la séparation parentale. » Article en ligne sur : http://www.yapaka.be
[12] J.DAHAN, E. De SCHOENEN-DESARNAUTS, op.cit., p.142.
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C’est la crise ! Mon enfant crie et frappe …

Je fais suite au précèdent article sur les réprimandes où je livrais mon témoignage sur les « crises » de mon fils. Ayant eu pas mal de retours et d’échanges à ce sujet qui est une préoccupation de beaucoup de parents et adultes en charge, je tenais à proposer une approche plus générale sur la « crise » que nous partageons au sein de l’équipe Enfances Épanouies, une vraie réflexion de groupe, tout en faisant un retour plus personnel, avec un partage de notre vécu, à mon fils et moi.

 

Pour commencer et pour rassurer beaucoup d’entre nous : il faut savoir qu’adopter un comportement non convenable socialement comme crier, frapper où se rouler par terre pour exprimer une émotion forte telle que la colère est « normal » jusque 5/6 ans. L’enfant n’a pas la maturité cérébrale de faire autrement (1). Mais cela n’empêche pas de l’aider à faire autrement, en attendant que son cerveau mature, d’autant que c’est important pour l’adulte qui ne peut pas accepter ce comportement d’avoir des leviers et de se sentir acteur sans subir.

 

Avant donc d’expliquer quel rôle peut jouer l’adulte pour aider l’enfant dans la tempête, je voudrais apporter une précision sur cette maturité cérébrale.

Souvent, en échangeant sur ce sujet, les parents rétorquent: « oui, mais mon enfant est en avance, il comprend plein de choses» sous-entendu, il devrait donc être capable de « gérer ses émotions » d’une façon plus socialement convenable …

Non : même si l’enfant démontre d’incroyables capacités cognitives (emploie le subjonctif à 2 ans, joue aux échecs à 3,5 ans, parle 5 langues,…), sa capacité à «gérer» ses émotions, c’est-à-dire à les exprimer d’une façon qui ne blesse personne et qui est acceptable socialement, n’est pas une capacité pour laquelle il y a ce genre «d’avance». En effet, cela nécessite des connexions neuronales qui commencent à se mettre en place à partir de 5/6 ans. Physiologiquement, il ne peut y avoir donc de «précocité» à ce sujet comme il n’y a pas de bébé qui marche à 6 mois.

Bien sûr, la condition que cette maturité puisse se faire est que l’enfant grandisse dans un environnement sécurisant et respectueux jusque cet âge. Car, s’il n’y a pas de précocité constatée en la matière, à l’inverse, le retard de développement est possible. Il est d’ailleurs très courant : il suffit de regarder autour de soi le nombre d’adultes incapables d’exprimer leurs émotions sans crier sur quelqu’un, voire, frapper …

 

Autre point qu’il est important de préciser : il est fréquent que l’enfant n’aie ce genre de comportement qu’à la maison. Souvent, on nous interroge sur le fait que l’enfant est capable de s’abstenir puisqu’il le fait bien chez la nounou, en collectivité (crèche ou école), chez les grands-parents voire avec l’autre parent.

Pourtant, avec nous il «explose». Pour comprendre ce qui est en jeu, il faut se plonger dans la théorie de l’attachement. La figure d’attachement de l’enfant, est un réceptacle, l’enfant décharge avec elle les tensions accumulées. L’enfant se retient avec les autres par réflexe de survie. Inhibé par la peur de la façon dont il pourrait être accueilli. En crise, notre enfant nous marque sa confiance à l’aider dans ce qu’il traverse de difficile.

 

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Maintenant que le principe de « normalité » sur le comportement de l’enfant est posé, il y a quand même des aspects qui nous font ressentir que « non là quand même ce n’est pas normal » : l’intensité de la crise et la fréquence.

 

Un moment on sent donc que c’est trop : trop intense ou trop fréquent ou les deux…

Si toutes les pistes physiologiques ont été écartées (allergies, troubles physiques ou neuro), alors il convient de se pencher sur l’environnement dans lequel l’enfant évolue, notamment du fait de l’attitude des adultes.

 

Pour ce qui est de la seule intensité elle peut dépendre du tempérament.

 

Mais cela peut être comme pour la fréquence d’ailleurs, un signal d’alarme que quelque chose ne va pas dans la relation : il faut garder à l’esprit que l’enfant a toujours une bonne raison de faire ce qu’il fait.

On ne peut donc pas s’arrêter sur le seul principe « son cerveau est immature c’est normal » et donc continuons comme on fait et ça passera…

 

Alors quoi faire ? Comment faire en sorte qu’il y ai moins de crises, moins intenses? Et si malgré tout elles se produisent comment les gérer?

 

1/ Éviter les crises

 

Ça parait simpliste comme idée (laxiste pour certains) mais s’il est normal pour l’enfant de ressentir de la colère et d’être submergé, par elle en l’exprimant d’une façon violente, il est moins normal de ressentir souvent cette colère et d’une façon trop intense, trop régulièrement. Le cortisol que secrète le corps dans le processus met beaucoup de temps à être évacué par le corps et a des effets sur le cerveau : 5 minutes de cortisol c’est 5h dans le corps (2)

Il convient alors de bien analyser la situation et voir ce qui plonge l’enfant dans ces états pour anticiper et éviter la crise…

Ce qui revient souvent quand on interroge les adultes sur ce qui a provoqué la crise : « quand on lui dit non » « quand on lui demande de faire telle chose ». Il s’agirait donc des deux grandes catégories de déclencheurs de la crise : le refus de l’adulte, et les demandes de l’adulte.

 

Donc penchons-nous sur chacune d’elles.

 

1.1/ Le refus : est-il toujours légitime ? 

 

Isabelle Filliozat, dans « Au coeur des émotions de l’enfant » a écrit un chapitre consacré à « pourquoi je dis non ». On comprend à la lecture de son analyse que 99% des « non » ne sont pas légitimes, reposant sur des peurs et croyances infondées, que donc les adultes devraient faire un effort en disant plus « oui » que « non » (pour vous aider on prépare un article sur le sujet). Cela nécessite de s’informer sur la question qui nous amène à nous positionner (l’alimentation, l’hygiène, les écrans etc) et à lâcher prise.

 

L’une des croyances qu’il faut aussi cesser d’avoir est celle de la « bonne frustration », du « bon refoulement » qui nous vient d’une psychanalyse préhistorique. Comme s’il y avait une utilité à la frustration, qu’elle serait nécessaire et que donc il fallait qu’on entraine notre enfant à l’éprouver. Beaucoup ont une vision très restreinte et pessimiste de la vie, je dirais même aigrie, et tiennent le fameux discours de « dans la vie on n’a pas toujours ce qu’on veut ».

Je ne partage pas cette vision des choses, pour moi dans la vie on peut avoir ce qu’on veut et je préfère que mes enfants gardent leurs convictions et leur force d’exprimer leur volonté, plutôt qu’ils ne s’éteignent et se résignent.

 

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Source : Ailes et Graines

 

1.2/ Les demandes de l’adulte : sont elles toujours réalistes ? 

 

Quand on formule une demande à quelqu’un et que la personne nous répond par la négative, on se montre plus compréhensif du refus quand notre interlocuteur est un adulte qui nous donne souvent une raison pour son refus. Un enfant n’a pas cette capacité en tout cas avant au moins 5/6 ans, voir au delà, et du coup notre posture non compréhensive (non empathique) nous amène rapidement à un sentiment de colère (tiens une frustration de l’adulte face au « non » de l’enfant ? 😉  ) et donc au rapport de force pour obtenir satisfaction. La demande devient alors une exigence avec la violence qui en découle. La réponse de l’enfant par une crise est juste une conséquence de notre propre posture …

Là encore, c’est à l’adulte de se remettre en question. Effectivement, ne cherchez pas dans nos articles des recettes pour faire plier l’enfant à votre bon vouloir ou des « astuces », nous avons à cœur de rendre à l’adulte sa responsabilité et restaurer la considération à l’égard de l’enfant.

 

Car il s’agit bien de la responsabilité de l’adulte lorsqu’il formule une demande, de s’assurer que sa demande est réaliste et réalisable par l’enfant. Si ce n’est pas le cas, cela place l’enfant en échec, et même si l’adulte n’est pas insistant ou dans le rapport de force, ce sentiment d’échec peut aussi amener à un flot d’émotions pouvant aboutir à la crise.

Une demande réaliste est donc une demande qui tient compte des capacités de l’enfant. Ces capacités sont dépendantes de son stade de développement, mais aussi de son état, à l’instant où la demande est formulée. Il se peut que dans l’absolu un enfant soit en capacité physique et cognitive de répondre, par exemple, à une invitation à ramasser un objet qu’il vient de jeter, mais s’il l’a fait en étant pris par une émotion comme la colère, alors il sera en incapacité momentanée, et la demande de l’adulte est irréaliste.

Chez nous, les situations qui m’ont amenée à avoir cette démarche de m’interroger sur la légitimité de ma demande : le brossage des dents et le lavage des cheveux (entre autres).

Quand mon fils a commencé à refuser ces deux choses avec virulence, je me suis renseignée sur l’efficacité du brossage et son poids dans la santé des dents et la nécessité du lavage des cheveux. Mes recherches m’ont amenée à la conclusion que l’alimentation était plus importante et qu’on pouvait vivre sans shampoing. La famille est donc passée au no poo et le brossage se faisait avec régularité quand l’alimentation était déséquilibrée.

 

J’aurais pu rester dans mes croyances et mon ignorance et évidemment rentrer dans un bras de fer pour faire plier mon fils à ma vision des choses, mais ce n’est vraiment pas mon ambition pour mes enfants que de les rendre obéissants, sans compter le fait que le mal être ressenti par la soumission ressort inéluctablement dans la relation (par d’autres conflits ou bien chez l’enfant par divers troubles). J’ai donc décidé de ne pas être dans le rapport de force (ni physique ni psychologique avec les manipulations etc) et de me renseigner sur mes postures à chaque fois, j’interroge ma légitimité de demander telle chose à mon fils.

 

J’ai donc pu constater naturellement que la fréquence des crises a diminué avec le lâcher prise et un changement de posture de ma part.

 

Le lâcher prise et la remise en question des légitimités de nos demandes et attentes comme parent sont un travail de fond qu’on devrait tous faire car cela nous permet de voir les enfants avec d’autres lunettes.

 

Mais c’est un travail qui peut prendre du temps et parfois on a l’impression de bien faire (on dit souvent oui, on lâche prise, on a des demandes réalistes) mais pourtant on passe à côté du problème alors pour ça j’ai un joker : la posture soutenante et compréhensive.

 

On a le droit de ne pas comprendre ce qui se passe , de se sentir soit même dépassé mais pour notre enfant dans la tempête on représente une bouée ou un phare alors il faut lui rappeler, à froid quand il peut l’entendre,

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qu’on est là pour lui et qu’on sera toujours là malgré la difficulté qu’il traverse et qu’on l’aime « 

« Ok j’ai vu/compris qu’en ce moment ça va pas, que tu as du mal, que c’est difficile pour toi. Je ne comprends pas trop à cause de quoi, j’aimerais t’aider de tout cœur, je suis toujours de ton côté, je t’aime et je vais tout faire pour trouver des solutions « 

 

Cette discutions à froid rassure l’enfant sur notre position, notre amour inconditionnel. Il faut que ce soit sincère, qu’on aie vraiment envie de chercher quoi améliorer au quotidien.

 

 

 

2/ S’équiper pour la tempête : le discours soutenant et les outils

 

Effectivement malgré nos efforts, on ne peut toujours éviter les tempêtes alors mieux vaut s’y préparer!

 

La préparation concerne autant l’adulte que l’enfant et elle est efficace que si initiée à froid. « A froid » cela veut dire bien des heures après la situation de crise (quand on n’est plus en train de tenter d’évacuer du cortisol…) pour s’en souvenir j’aime bien reprendre cette image :

 

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À froid donc, on peut utiliser différents moments pour faire le bilan sur des situations qu’on a trouvées mutuellement difficile, car même si l’enfant souffre de la situation qui le plonge dans un état de « crise » l’adulte est rarement serein dans une telle situation et se trouve parfois aussi désemparé que l’enfant.

 

Chez nous il n’y a pas de moments précis (dans certaines familles on aime débriefer à table ou au moment du coucher par ex comme une forme de routine), nous faisons plutôt au feeling : ça peut être à la fin d’une activité qui nous a pas mal occupés, où on est bien détendus, où il n’y a pas eu d’enjeux de conflits, ou un autre moment calme.

Il faut bien évaluer le désir de l’enfant à en parler et revenir sur le sujet quand il est verbal il peut l’expliquer clairement. Mon fils me dit parfois « j’ai pas envie d’en parler » c’est on ne peut plus clair et je respecte dans ce cas.

 

Quand le dialogue est possible, et le moment propice, je pense qu’il est primordial de réitérer son amour et sa confiance.

 

« Chaque fois que l’adulte rassure, sécurise, console, câline l’enfant en le prenant dans les bras avec une attitude douce, chaleureuse, en prodiguant des gestes tendres, en adoptant un ton de voix calme, apaisant, en ayant un regard compréhensif, il aide l’enfant à faire face à ses émotions et à ses impulsions. Un comportement parental affectueux a un impact positif considérable sur la maturation des lobes frontaux de l’enfant. Il parviendra alors plus rapidement à gérer les émotions envahissantes et les impulsions de son cerveau émotionnel et archaïque. » Dr Catherine Gueguen

 

Pour cela, la première chose est de ne pas relever le comportement inapproprié  (qui a conduit à la crise du fait d’une première réponse inadaptée de l’adulte ou comportement que l’enfant fait pendant la crise). Car relever ce comportement :

 

  • consisterait à lui imprimer dans le cerveau. Si je vous dis ne pensez pas à une girafe, vous allez forcement y penser et pour ne pas y penser vous aller en plus devoir fournir un effort. Plus facile pour un adulte mais qu’en est-il de l’enfant dont le cerveau est en maturation? En plus cela ne vous dit pas quoi penser à la place. Pour un enfant qui plus et submergé par une émotion c’est juste impossible d’entendre et de respecter les interdictions type « ne pas taper » « ne pas crier » etc

 

  • dans la forme cela relève souvent de la réprimande : des blâmes, des reproches, accusations ou du sermonage ce qui, pour rappel, constitue également une violence.

 

Deuxièmement, reconnaître la difficulté de l’enfant et se montrer compréhensif « c’était dur pour toi  » « je sais que c’est encore difficile de contrôler certains gestes » en validant ses émotions et son besoin (des ressources par ici) qu’il a le droit de les ressentir et les exprimer.

 

Troisièmement, lui dire notre confiance à ce qu’il apprenne en grandissant à les exprimer différemment.  À froid, nous serons sincères, notre empathie est plus à l’œuvre. A chaud, on peut soit  même avoir quelques courts circuits dans le cerveau et se surprendre penser « mais p**** de m**** pourquoi il recommence? je lui ai déjà expliqué 100 fois! il/elle ne comprend pas ! »

 

Enfin, l’aider dans cet apprentissage en lui proposant des alternatives (propositions non exhaustives toute proposition à ce sujet est la bienvenue n’hésitez pas à faire vos retours en commentaire sous l’article):

 

« Quand tu sens que la colère monte, que tu es très fâché, énervé etc :

 

– tu peux aller gribouiller sur une feuille (proposition à faire quand on sent la tension venir car après c’est plus difficile voire impossible, c’est efficace chez les enfants plus grands mais ça peut être une bonne habitude à prendre petit)

– tu peux souffler fort

– tu peux battre des bras comme un papillon

– tu peux faire le tigre ou cracher ta colère à la terre

– tu peux aller taper dans un coussin (aide pour réorienter le geste surtout à chaud et non comme un « entraînement »)

– tu peux jeter une balle

– tu peux sauter

 

Pour proposer toutes ces alternatives, ces outils à l’enfant, une autre approche que le discours (complémentaire à mon sens) c’est passer le message par le jeu : avec le jeu de rôle (je fais toi en colère – sans me moquer – trouvant une de ses solutions, toi tu fais moi qui t’aide), avec les figurines ou marionnettes avec des scènettes.

 

Il s’agit donc concrètement de lui donner des pistes de décharge pour l’outiller quand ça bouillonne.

 

 

3/ La décharge

 

Les crises de colère, peu importe leur cause, leur origine, immédiate ou différée, sont effectivement une bonne occasion pour l’enfant de se décharger, se libérer des tensions et paradoxalement créer du contact (car en frappant, souvent ils cherchent aussi du contact).

Leur proposer des opportunités de contact plus régulières permet d’éviter que la crise et les coups soient un prétexte à cela.

Une bonne façon de décharger passe par le jeu (et oui le jeu à de nombreuses vertus dont celle de créer du lien <3).

Il ne s’agit pas de n’importe quel jeux ce sont des jeux de défoulement type chahut où il y a aussi du contact physique. A une période nous avions instauré, avec mon fils, 30 min à 1h de jeux de « foufou » (on les appelait ainsi): il saute sur la couette que je soulève en se roulant dedans vers moi puis je le déroule, on fait des batailles d’oreiller, jeu de « aire bagarre » mimant les combats de ses héros préférés etc.

On prépare un article sur le sujet des jeux de décharge pour donner plus de pistes concrètes sur le sujet.

 

Voilà concernant tout le « travail » à faire à froid, c’est vraiment la que les efforts doivent être investis et si malgré tout ça explose voici quelques pistes de posture à tenir.

 

 

4/ Dans l’œil du cyclone

 

Ne pas faire :

 

Contenir l’enfant : une proposition qui revient souvent dans les « recettes/méthodes » gestion de crise de l’enfant est la contention : nous déconseillons vivement cette méthode qui est violente dans la plupart des cas puisqu’elle induit un rapport de force.

Il faut à l’adulte une grande dose d’apaisement pour que son geste de contention ne soit pas un rapport de force, et je parle d’un apaisement intérieur, car même si en apparence l’adulte a l’air de garder son sang froid, rares sont ceux qui ne sont pas chamboulés voir bouillonnant dans une situation telle que la crise de colère de l’enfant.

 

Lui demander d’arrêter sa crise : s’il pouvait il ne se mettrait pas dans cet état, il est submergé, il a besoin d’aide.

 

Le laisser seul ou l’isoler: l’isolement de l’enfant (mise au coin, mise à l’écart, injonction ou invitation a quitter la pièce ou aller dans sa chambre ) est une veo (3). On peut éventuellement s’extraire AVEC l’enfant lors de la crise, surtout quand elle a lieu en public, pour constituer une bulle avec lui, l’enfant n’est donc pas isolé mais accompagné.

Si vraiment nous-mêmes nous nous retrouvons dans un état de bouillonnement tel que l’on se sent prêt a user de la violence, alors s’isoler soit même après s’être excusé auprès de l’enfant est une option à envisager.

 

Lui demander ce qui le met dans cet état, le questionner : l’enfant est dans un état tel que son cerveau emotionnel est au commande, complètement déconnecté du centre de raisonnement, faire appel à son intellect relève de courts circuits (4) et au mieux l’enfant dira ce que l’adulte attend mais qui ne fait aucun sens, au pire cela intensifiera la crise.

 

Trop parler, faire de longues tirades : l’enfant a besoin de calme pour entendre à ce moment là son cerveau doit utiliser un effort d’adaptation a nos palabres trop grand, il vaut mieux se limiter à l’essentiel.

 

Quoi faire alors ? SAVE : une posture respecteuse 

 

STOPPER : s’il y a lieu les coups qui fusent de la part de l’enfant, maintenir le bras, le pied si nécessaire en les relâchant rapidement (dès que la tension dans le membre de l’enfant redescend) que cela ne soit pas de la contention, que ça ne tourne pas au rapport de force. Employer un ton calme et neutre.

 

« ok tu es en colère tu as le droit, mais je ne peux pas te laisser faire ça »

 

ACCUEILLIR : ce que l’enfant exprime, ou tente d’exprimer par son comportement. Être présent, dans le moment et soutenant. (S’il s’agit d’un conflit entre deux enfant où l’un tape, c’est à cette étape qu’on s’occupe de l’enfant blessé).

 

VALIDER : les sentiments de l’enfant sont légitimes il a le droit de les avoir et de les exprimer, à ce stade il faut les valider sans ressentiment en étant sincère et empathique de son état.

 

ENCOURAGER à faire autrement. Rappeler  les outils qui ont été donnés à froid et  renouveler notre confiance à ce qu’il apprenne à faire autrement

Tout cela doit être fait sur un ton calme et rassurant, le flux de paroles et la proximité avec l’enfant dosées selon les besoins (les debriefs à froid permettent aussi d’évaluer cela).

Il ne s’agit pas là d’une méthode et encore moins à appliquer à la lettre, mais de pistes de postures concrètes : en ce mettant à l’a place de l’enfant quand nous nous retrouvons en difficulté de quoi avons nous le plus besoin ? De quelqu’un qui nous aide, nous épaule, nous soutient, par ses paroles, son attitude.

Nous avons besoin de nous sentir en sécurité et aimé en toutes circonstances.

 

Maja fondatrice de www.leslunettesdemaja.fr pour Enfances Epanouies

 

 

(1) Dr catherine Gueguen,  « Pour une enfance heureuse »

 

(2) et tout le monde s’en fout – les émotions https://m.youtube.com/watch?v=_DakEvdZWLk

 

(3) Aletha Solter

En fait, la National Association for the Education of Young Children (Association Nationale pour l’Éducation des Jeunes Enfants) inclut le recours à la mise à l’écart temporaire dans une liste de mesures disciplinaires nocives, à côté des punitions physiques, des critiques, des reproches et des humiliations. 2

 

(4) Isabelle Filliozat, « Au cœur des émotions de l’enfant »

Petit Papa Noël…Faire croire (ou pas) *Edit 2017*

Ne gardons pas le mystère pour nous plus longtemps…Les fêtes de fin d’année approchent ! Nombreux sommes-nous à nous questionner au sujet de nos enfants, sur le fait de « faire croire ou non au Père Noël ». Si cette décision appartient à chacun, il n’en incombe pas moins de faire ce choix en toute connaissance de causes (et de conséquences, pour le coup). Voici donc notre point de vue sur la question et quelques pistes pouvant constituer des alternatives, sous l’angle des VEO, toujours…

Faire croire à ses enfants en l’existence du Père Noël est une chose, utiliser cette croyance pour « qu’ils se tiennent tranquilles » en est une autre. Même si, dans le prisme des VEO, les deux propositions ne semblent pas si éloignées que ça.

Regardez donc en toute objectivité :

Pour la première affirmation, « Oui, le père Noël existe ». Très franchement, à part quelques victimes du sempiternel « syndrome de Peter Pan » (Si vous en êtes, arrêtez la lecture de cet article ici, vraiment. Non ? Bon, j’avais prévenu…), plus personne ne vous dirait que c’est vrai. Ok ? C’est donc un mensonge, par définition.

Pour ce qui est de la seconde proposition, encore pire.

Voyons voir : « Si tu n’es pas sage, le Père Noël ne passera pas ! ». Bon alors, là, clairement, ça se corse (et c’est bien moins joli que l’île du même nom. Coucou Corsica ❤ )

Or, si l’on n’apprend pas aux enfants à ne pas frapper tout en les frappant nous-mêmes, il en va de même pour tout le reste, dont les mensonges et le chantage susmentionnés.

N’oublions pas que les enfants apprennent aussi par mimétisme. Soyons exemplaires.

D’autant plus que le mensonge ne s’arrête pas là : souvent, les plus grands entrent dans « la combine » pour continuer à leurrer les plus petits. C’est un cercle sans fin. D’un autre côté, comme l’indique notre postulat de départ, nous nous plaçons toujours du point de vue l’enfant. A partir de là, essayons de nous mettre à la place de celui ou celle qui y croit très fort au Père Noël et dont l’entourage maintient fermement la croyance… Le jour où j’apprends « la vérité », de surcroît si cette dernière m’est annoncée brutalement (ou pas) par un copain d’école ou une cousine plus âgée, comment je me sens très concrètement ?

Bien sûr, l’état dans lequel je vais me retrouver successivement à cette découverte pourra varier selon mon degré de croyance, ma maturité, mon état psychologique du moment, mes aptitudes personnelles et mon caractère, mais globalement, le curseur se placera entre « Haute trahison » et « C’est pas si grave » en passant par « déception extrême ».

Le « jeu » en vaut-il la chandelle ? La question reste posée…

Voilà, le décor est posé et implique encore bien d’autres dimensions, notamment commerciales pour ne citer qu’elles. En effet, malgré le « STOP PUB » qui siège sur notre boîte aux lettres et la télé dont on a enfin réussi à se débarrasser définitivement, les catalogues de jouets parviennent tout de même parfois à emplir notre espace de quiétude. Bah oui, desfois qu’on oublie que Noël approche et que « le père Noël est en train de préparer sa saison de rush », il faut bien que la sphère commerçante se charge de nous le rappeler…

Partant de cela, rassurez-vous, il y a tout un tas de choses à dire et à faire avec les enfants autour de Noël sans se sentir obligé d’en passer par là.

Par exemple :

  1. Laisser l’enfant vous guider ! Oui, vous avez bien lu 😉 Dans une relation saine et égalitaire, exempte de VEO, chacun peut exprimer son avis sur les questions de la vie. Et quand celle du Père Noël arrive sur le tapis, pourquoi ne pas utiliser l’écoute active ?! ça pourrait prendre cette forme : « Et toi, qu’en penses-tu ? ». Cette petite phrase toute simple a plusieurs atouts : en plus de nous renseigner sur le « degré de croyance personnelle et individuelle» de l’enfant, elle permet de rester dans l’accompagnement de celle-ci sans toutefois en être à l’origine et sans la renforcer. On ajustera alors plus facilement notre façon d’accompagner notre petit tout en conservant un positionnement assez neutre.
  2. Tout miser sur le partage, l’amour, le don de soi, le temps passé ensemble autour de la préparation de la fête, la réflexion autour du menu, des cadeaux que chacun souhaiterait se voir offrir et que chacun souhaiterait offrir. « Fabriquer » la fête ensemble de façon à tisser les souvenirs qui s’y rapporteront. Redonner à Noël ses lettres de noblesse (façon de parler hein, je vous vois venir^^).
  3. C’est l’occasion d’ouvrir ses chakras son esprit, et celui des enfants: Bah oui, c’est quoi Noël? D’où vient cette fête? Quelle en est l’origine? Comment fête-t-on Noël de par le vaste Monde? Profitons-en pour faire des recherches, élargir nos connaissances, approfondir le sujet!
  4. C’est le moment de travailler le sens de l’empathie et de sensibiliser toute la famille au fait que Noël, ben c’est pas la fête pour tout le monde en réalité. Suivant les pays, les croyances, les obédiences…etc… la coutume de « l’assiette supplémentaire à table le soir du réveillon », à la base, n’est pas destinée à ce que le Père Noël puisse prendre une petite collation au pied du sapin entre deux livraisons. Non. Désolée de vous décevoir à nouveau. Cette assiette vide est réservée au « mendiant » qui viendrait frapper à la porte le soir de Noël pour se réchauffer et se restaurer autour de la table familiale…

Parce que c’est tout cela la « Magie de Noël », et que ça n’a franchement pas grand chose à voir avec « Le Grand Bonhomme En Rouge ».

Si malgré tout, vous décidez qu’insister sur cette croyance présente plus d’aspects positifs que négatifs pour l’enfant, essayez de rester objectif : cela reste un mensonge que votre enfant pourra vivre difficilement. A ce moment-là, vous devrez accueillir ses émotions, sa déception, et pourquoi pas sa tristesse? Il vous faudra alors assumer ce choix.

De ce fait, lorsque nous nous sentons tenté(e)s par le « faire croire », essayons de toujours nous poser la question suivante :

« Mon enfant a-t-il besoin de croire ou est-ce moi qui en ai besoin ? »

De même, l’école ou les inévitables collectivités peuvent être un chemin direct du point « Père Noël » au point « Maison » sans passer par la case « Questionnement ».

Et si l’enfant décidait d’y croire comme ce fut le cas chez nous à Noël dernier, juste après la première rédaction de cet article, pas de panique!
Il s’agit là encore, d’accompagnement respectueux…

Voici des bribes de deux conversations que nous avons eue l’an dernier à ce sujet. La première, au mois de Décembre, au retour de sa matinée d’école:

<< – Maman! Aujourd’hui y’avait le Père Noël à l’école!!!!
– Ah oui? Vraiment?
– Oui! Et il nous a même donné un cadeau! Regarde comme c’est chouette!
– Ouah! En effet 🙂 Hé bien, j’ai l’impression que tu l’as vraiment trouvé sympa ce type?
– Ouais. Et moi aussi je veux lui faire un cadeau pour quand il viendra chez nous…
– Ok. Tu penses qu’il va passer chez nous?
– Ben oui! Mais ça sera pas le même. Celui de l’école, je sais bien que c’est juste un type avec un déguisement…
– Ok, on fera ce que tu veux, c’est toi qui décides, d’accord?
– D’accord! Je veux lui faire…..Une orange avec des trucs comme Balthazar (Une pomme d’ambre… NDLR) , d’accord?!
– Ok d’acc Doc! >>

La seconde, à la même période, au moment de se coucher:

<< – Maman? T’y crois toi au Père Noël? Tu crois qu’il existe pour de vrai?
– J’en sais rien mon Crapaud. Moi je pense que c’est une légende, une belle histoire qu’on se raconte pour rêver à des trucs chouettes… Et toi? 
– Moi je crois qu’il existe avec ses rennes et ses lutins mignons… Mais ils préparent les cadeaux mais c’est pas eux qui nous les ramènent parce que c’est trop lourd et que ça fait trop de boulot… Et qu’ils vivent dans la neige. C’est chouette la neige, on peut faire des batailles et des balades. Moi j’adore la neige! …..
– Tu vois, ça fait rêver hein? 
– Ouais, c’est chouette d’avoir un Père Noël pour tous les enfants… >>

Tous les enfants sont différents, et toutes les conversations sont singulières. Seulement, en tant qu’adulte, on peut être vigilant et choisir de ne pas induire la réponse de l’enfant. Choisir de se positionner de façon neutre face aux questions, permet à mon sens, de laisser toute la place à l’enfant pour qu’il s’exprime et élabore son intériorité, sa croyance s’il en est, sans en donner d’orientation personnelle.

Souhaiter à tout prix qu’il n’y croit pas est à mon avis tout aussi violent que d’insister pour qu’il y croit.

Encore une fois,la question reste la même:

« QUI a besoin d’étoiles dans les yeux? L’enfant, ou l’adulte? »

Pour finir, si dans la même fratrie/famille, les enfants ne partagent pas la (non) croyance, que faire?

C’est le moment d’introduire (ou de travailler) une notion essentielle de la non violence: le respect. Ici plus particulièrement, le respect de la croyance de chacun:

« Tu as le droit de ne pas croire, autant que ta sœur/ton cousin/ta voisine a le droit de croire. Personne ne va t’obliger à croire si tu ne le souhaites pas. On est tous différents et c’est pareil pour tout le monde. »

En fait, l’idée de base étant d’adapter l’accompagnement de l’enfant…à l’enfant lui-même 😉

 

 

Et pour celles et ceux qui aiment s’appuyer sur les livres jeunesse pour faire passer les messages, voici une petite bibliographie qui pourrait vous être fort utile en cette période :

Le Noël de Balthazar
http://www.editions-hatier.fr/livre/le-noel-de-balthazar

Le Noël de Franklin (la Tortue, ndlr)http://www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/BOOK/bourgeois-paulette-clark-brenda/le-noel-de-franklin,673995.aspx

Ernest et Célestine : Le sapin de Noël
http://www.ricochet-jeunes.org/livres/livre/5310-ernest-et-celestine-le-sapin-de-noel

Agathe ne croit pas au Père Noël
http://www.ricochet-jeunes.org/livres/livre/50137-agathe-ne-croit-pas-au-pere-noel

Combien de nuits reste-t-il avant Noël ?
http://www.lespetitsbouquins.com/livres/combien-de-nuits-reste-t-il-avant-noel/

 

 

Et….. Joyeux Noël à tou(te)s bien sûr !

 

Aude, pour la collégiale.

 

Pour aller plus loin :

http://www.seveilleretsepanouirdemaniereraisonnee.com/2016/10/biblio-notre-selection-de-livres-pour-un-noel-alternatif.html

Réflexion sur l’obéissance…ou pourquoi je refuse que mes enfants m’obéissent.

 

Qui de nous n’a jamais entendu  «  oh il a été obéissant  !  »  ; «  il est sage ton fils  »  ; «  tu obéis, oui  ?  »

Le relation d’adulte à enfant est généralement verticale et hiérarchique, basée sur l’obéissance/soumission. L’enfant doit obéir à ses parents, tout comme le salarié doit obéir à son patron. En quoi les relations verticales seraient-elle bénéfiques à la construction de tout un chacun  ? Des relations basées sur l’équité ne seraient-elles pas moins préjudiciables au développement des enfants, et par extension, des adultes  ?

I. L’obéissance et les relations verticales

Selon la définition du Larousse, l’obéissance est l’action ou l’habitude d’obéir, de faire ce qui est commandé  : l’obéissance des enfants à leurs parents.

Cette définition induit indéniablement un rapport de force, une domination, exercés par le plus fort (l’adulte), sur le plus faible (l’enfant), sans prendre en compte ses besoins et son niveau de compréhension.

Ainsi, sous couvert de prétendre savoir ce qui est bon pour nos enfants, nous les contraignons généralement dans un rapport de force qui souvent aboutit à des violences éducatives ordinaires, psychologiques et physiques (menaces, chantage, réprimandes, punitions voire tapes, claques et fessées). Sans oublier qu’une violence peut aller crescendo si les enfants refusent de se soumettre à l’autorité des adultes.

Il existe pourtant bien des situations dans l’histoire où la désobéissance a été remarquée, et remarquable. Je pense notamment aux résistants lors de la Seconde Guerre Mondiale, qui ont caché les juifs, et ont ainsi désobéi à ce qu’on leur demandait de faire. Je pense aux afro-américains qui se sont battus pour faire valoir leurs droits aux Etats-Unis (Rosa Parks, MLK, Malcolm X notamment). L’Histoire nous montre que l’obéissance, et donc l’asservissement, sont néfastes pour les Hommes. Pourquoi serait-ce différent pour les enfants  ?

II. Les conséquences de l’obéissance des enfants

Je pense que chacun d’entre nous préfère apprendre sans contrainte, sans soumission à une quelconque pression extérieure. Les apprentissages sont bien mieux assimilés quand les conditions sont favorables. Or l’obéissance est liée à un sentiment de crainte et de peur: on ne se soumet pas par consentement car dans ce cas on serait dans la coopération. La crainte et la peur génèrent du stress qui bloque les apprentissages. Cela abîme aussi la relation. Car Un enfant à qui il est demandé d’obéir sans discuter développera la crainte de l’adulte. Ces méthodes peuvent s’avérer dangereuses car la notion de consentement n’est pas transmise. Aussi cela conditionnera l’enfant à obéir ou suivre des adultes qui n’auront pas forcément de bonnes intentions à son égard.

Par définition, le consentement est l’action de donner son accord à une action, à un projet  ; acquiescement, approbation, assentiment. Or, en ne prenant pas en compte ce que les enfants pensent, on rompt la communication avec eux (leur avis ne compte pas, ils ne sont pas considérés). La fin du dialogue est la porte ouverte aux interprétations, aux visions négatives sur l’enfant et ses intentions. Ces visions entretiennent des schéma de violence dont il est difficile de s’extirper. Et on arrive à des «  mon enfant ne m’obéit pas, il me nargue…  ». Non, votre enfant refuse de se soumettre à des règles qu’il considère absurdes et sans aucun sens pour lui, pour son niveau de compréhension.

Car un enfant est mu par le désir de relations apaisées (créer du lien est un besoin vital) et il est prompt à coopérer quand il le peut. S’il ne coopère pas c’est qu’il ne le peut pas (incapacités physique, émotionnelle cognitive, momentanée ou plus temporaire). Ne pas tenir compte de cette incapacité et le contraindre à obéir est une violence.

« En voulant des enfants obéissants, sages trop tôt, vu leur développement psychique nous leur inculquons le culte de l’autorité qui amène à la violence collective. Ce type d’attitude crée chez l’enfant un conflit interne car cette obéissance nie la conscience de l’individu et peut entraîner des conséquences désastreuses. »
Arnaud Deroo 

Je sens déjà pointer les questions « et si mon enfant veut traverser la route en courant sans regarder, je le laisse faire ? »

Evidemment non, les règles liées à la sécurité me semblent les plus importantes. En revanche, pourquoi pas anticiper et prendre le temps de leur expliquer le danger, cent fois, mille fois s’il le faut, et ce de manière respectueuse ? Plutôt que de le faire obéir à une règle qu’il n’est cérébralement parlant pas en mesure de comprendre et d’assimiler, avec le lot de conséquences que cela peut engendrer ?

Pour respecter des règles les enfants ont besoin de confiance or quand on cherche l’obéissance on rompt cette confiance envers l’adulte. L’enfant doit pouvoir se reposer sur nous pour être entendu et compris.
Dans une posture de domination et d’obéissance, l’enfant se soumet par peur et crainte plutôt que de suivre les demandes de l’adulte par confiance.

    « Lorsque quelqu’un entend ma demande comme une exigence,

je le paie à chaque fois très cher,

car le lien empathique est rompu et le plaisir de donner, détruit.

Je perds alors ce qui m’était le plus précieux,

ma relation de confiance avec l’autre. »

Marshal Rosenberg

L’expérience de Milgram, réalisée dans les années 1960 par Stanley Milgram, psychologue, démontre que les gens sont prêts à exécuter des actions inhumaines/dangereuses par soumission à l’autorité. En effet, ils se sont conformés à ce que l’autorité commandait afin d’entrer dans le moule, appartenir à un groupe. Cette expérience comprenait quarante hommes qui pensaient participer à une expérience sur l’apprentissage et la mémoire.

L’objectif de cette expérience était de savoir jusqu’à quel point chaque homme obéirait aux ordres de l’animateur, alors que les dits-ordres (que chaque homme doit exécuter)vont peu à peu à l’encontre des valeurs de chaque participant.

L’animateur fait entrer deux personnes dans une pièce : la première sera l’expérimentateur, la seconde l’élève. L’animateur emmène l’élève dans une pièce adjacente, l’attache avec des sangles sur une chaise afin de l’empêcher de bouger les bras, puis lui installe une électrode au poignet. Il lui dit qu’il va devoir apprendre une liste de mots. Chaque erreur commise sera sanctionnée par des décharges électriques d’intensité croissante. (A noter que le rôle de l’élève est joué par un acteur, qui, bien évidemment, ne reçoit aucun choc électrique).

L’expérimentateur, véritable sujet de l’étude, est emmené dans une salle où se trouve un générateur de chocs électriques factice (mais ça, il ne le sait pas !) Ce générateur est composé de trente manettes de 15 à 450 volts sur lesquelles sont mentionnées les indications suivantes : « choc modéré », « choc fort », « choc sévère-danger » et « XXX ».

Le test de mémoire et d’apprentissage peut commencer. Quand la réponse de l’élève est incorrecte, l’expérimentateur doit lui administrer une décharge électrique en commençant par le voltage faible, puis en augmentant les volts.

Y-a-t-il un moment où l’expérimentateur va oser désobéir aux ordres de l’animateur?

L’hésitation survient quand l’élève commence à se sentir mal, à montrer des signes de douleur, à supplier d’être détaché, et à hurler.

Chaque expérimentateur s’est trouvé tiraillé entre les douleurs ressenties par l’élève, et les ordres donnés par l’animateur, lequel faisait acte d’autorité. Cependant, dès qu’un expérimentateur hésitait à envoyer le choc électrique, l’animateur lui intimait d’obéir.

 

En définitive, aucun expérimentateur n’a arrêté d’envoyer les décharges électriques. Aucun n’a refusé, aucun n’est parti. Le conformisme/le conditionnement ont été bien plus puissants que l’éthique de chaque individu, qui ont poursuivi l’expérience jusqu’au bout, car on leur avait « assigné une tâche qu’ils devaient accomplir ».

Ainsi, si l’on transpose cette expérience à l’obéissance des enfants envers les adultes, je vous laisse réfléchir sur les effets que cela pourrait avoir…

Expérience de Milgram

III. De la nécessité d’apprendre à nos enfants le discernement

L’obéissance est l’apprentissage de la soumission d’une personne sur une autre. Comme expliqué précédemment, d’un employé envers son patron, d’un peuple envers le gouvernement, d’un enfant envers un adulte…et il y a quelques décennies encore, d’une femme envers son époux. La femme devait obéissance et soumission à son mari. A mon sens, aucune soumission n’est souhaitable.

Prenons l’exemple d’un employé qui occupe un poste où la hiérarchie impose des valeurs contraires à la sienne  : il va se sentir impuissant, mal, dépressif parfois…ou bien il va combattre cette hiérarchie, au risque de perdre son travail car il ne sera pas soumis aux desiderata de son patron.

Imposer l’obéissance d’un enfant envers un adulte ne lui permet pas de savoir ce qui est bon pour lui ou pas, en toute autonomie. Cela lui apprend à se soumettre à des règles qui ne lui conviennent pas, parfois même qu’il ne comprend pas…parce que c’est l’adulte qui en a décidé ainsi. En revanche, si les adultes proposent des choix à l’enfant, expliquent, transmettent, sans domination aucune, avec respect, cela lui permet de faire preuve de discernement, de se responsabiliser, de savoir ce qu’il estime juste pour lui ou pas.

Si l’on désire que nos enfants soient capables de penser ce qu’ils veulent, d’avoir leurs propres opinions, d’être autonomes, qu’ils sachent reconnaître les injustices quand elles se présentent, laissons-les découvrir les règles de vie en société sans leur imposer. Laissons-les être suffisamment confiants pour répondre à l’adulte quand ils ressentent une injustice. Laissons-les dire non.

Anaïs Leonard Duquesne et Maja fondatrice de www.leslunettesdemaja.fr , pour Enfances Epanouies.

**BREAKING NEWS** La culpabilité, ça se transforme!

Que le premier parent qui n’a jamais culpabilisé de l’un de ses agissements de parent lève la main !

Personne ?

Ok. Merci. On peut donc partir sur une base commune.

La pression sociale du « bon-parent-bienveillant-mais-ferme-voire-strict » étant ce qu’elle est, et face aux regards souvent réprobateurs de notre environnement, le doute s’installe et la culpabilité nous assaille parfois.

 

Mais au fond, c’est quoi la culpabilité ?

 

Encore un prétexte de plus pour emprunter à Claire Denis[1] une formule que j’affectionne tout particulièrement : « faire résonner les mots, pour mieux raisonner. »

Pour le Larousse, la culpabilité c’est le « sentiment de faute ressenti par un sujet, que celle-ci soit réelle ou imaginaire. »

C’est cette idée de « faute » qui me fait rejoindre Guy Ausloos[2] lorsqu’il déplore la confusion qui est encore souvent faite entre la notion de culpabilité et celle de responsabilité. Aussi, pour l’auteur, la notion de faute dans sa dimension plutôt judéo-chrétienne, engendrerait celle de culpabilité.

Dans un sens plus systémique, le terme de responsabilité amènerait plutôt à celui de compétences, davantage enclin à l’accueil, par le système lui-même, de l’information nécessaire à la découverte d’« auto-solutions » et à l’émergence de l’« innovation » . Et l’auteur, de poursuivre :

 

« Une famille responsable signifie une famille qui a des responsabilités et qui est capable de les prendre.»[3]

 

À l’heure où de nombreuses voix s’élèvent pour parler du « métier de parents » (piquant au passage cette expression à Freud dont les théories sur l’enfance ont été amplement décriées), à celle où l’on voit passer maints articles au sujet d’une « parentalité positive qui a fini par nous gonfler », laissant ainsi à voir la pression vécue par les personnes acquérant ce statut à la fois si évident et si particulier, comment se situer pour simplifier la donne sans risquer de paraître « simpliste » ?

 

Indéniablement, devenir parent, c’est accroître son champ de responsabilités.

À la mention « responsable de soi », le parent ajoute « responsable de l’Autre », et cet « Autre » en cela qu’il n’est pas encore autonome, est un être de besoins auxquels il faut répondre pour assurer sa survie et son épanouissement en tant qu’être humain.

Voilà donc le parent, adulte, responsable de la vie de son petit et de l’accompagnement quasi constant de son quotidien, concourant à mettre à sa disposition le terreau nécessaire dans lequel il pourra puiser pour devenir, à terme et à son tour, un adulte autonome, indépendant et responsable, adapté à la société dans laquelle il évolue.

(ou pas. Mais ça, c’est un autre débat 😉 )

Et même si je comprends que ce soit parfois une sorte de contorsion intellectuelle ET émotionnelle, nécessitant une grosse dose de remise en question, se départir de notre culpabilité de façon constructive est un processus aidant, sinon primordial à l’épanouissement des membres de la famille, fussent-ils des enfants.

 

Mais alors, comment je m’y prends ?

 

Attention ! S’il ne s’agit pas de balayer la culpabilité ressentie pour passer à autre chose parce qu’elle nous est insupportable, il s’agit encore moins d’essayer de se rassurer en cherchant des excuses à nos comportements et/ou du réconfort à grand renfort de « chaudoudoux ».

Non.

Désolée.

 Tout simplement parce que – pour reprendre une analogie philosophique de notre consœur Maja – « C’est comme casser son régime avec une plaque de chocolat et de le reprendre le lendemain en se disant qu’on fera attention plus tard ! »

Plus sérieusement, lorsque le sentiment de culpabilité paraît, il convient au contraire d’y prêter la plus grande attention dès les premiers signes. Considérons alors ce ressenti désagréable comme une sorte de signal d’alarme. En deux exemples, ça pourrait donner à peu près ça :

  1. La culpabilisation/déculpabilisation

« En ce moment, j’ai l’impression de passer mon temps à râler, gronder et crier parfois. J’ai même envoyé la petite dernière dans sa chambre avec perte et fracas pour qu’elle se calme. Je ne suis pas fièr.e de moi. J’ai vraiment merdé. Je me sens nul.le. Tout est de ma faute. Oui, mais j’ai la pression en ce moment, ce nouveau boulot, la fatigue, le mari/la femme qui travaille beaucoup, plus tout ce à quoi je dois penser pour les enfants, et mes parents qui me traitent de laxiste ! Ils ont peut-être raison finalement… ça ira mieux demain… ou ce weekend… ça arrive à tout le monde de craquer, c’est pas si grave… »

Le « Oui, mais… » est fatal. Non content de ne pas faire disparaître le problème, il se contente (au mieux !) d’atténuer un peu le sentiment désagréable en le mettant à distance…Jusqu’à la prochaine fois.

 

  1. La culpabilisation/responsabilisation

« En ce moment, j’ai l’impression de passer mon temps à râler, gronder et crier parfois. J’ai même envoyé la petite dernière dans sa chambre avec perte et fracas pour qu’elle se calme. Je ne suis pas fièr.e de moi. J’ai vraiment merdé. Je me sens nul.le. Tout est de ma faute… Et….STOP ! Ok. J’ai merdé. Ça peut arriver. Et maintenant, qu’est ce que je vais pouvoir faire et/ou changer pour que ça n’arrive plus ? De quoi j’ai besoin ? De repos ? De temps ? De lecture appropriée ? »

Voilà. Tout est dans ce point d’interrogation. Se questionner c’est déjà changer un peu. C’est se mettre au travail pour tenter de se sortir d’une situation délicate et inconfortable, dans l’intérêt de tous. C’est prendre ses responsabilités en transformant un sentiment « néfaste » en action constructive.

 

On n’a pas dit que c’était facile (tu noteras l’emploi du mot « travail » dont l’étymologie provient du latin tripalium qui n’était autre qu’un instrument de torture…), mais du point de vue de l’enfant, (puisque c’est notre base ici. Je le rappelle pour les nouveaux !) voir un parent à l’œuvre, qui prend le temps de fouiller, de se mettre en recherche, qui prête attention à ses besoins et à ceux des autres, qui sait – ou qui apprend à – faire preuve d’humilité et de remise en question…C’est plutôt chouette, non ?

 

Allez, courage ! Et « travaillez » bien  ♥

 

 

Aude, pour la Team Enfance Épanouie

 

 

 

[1] Claire Denis a étudié la psychologie et les sciences de l’éducation à l’université. Elle est médiatrice familiale et formatrice en analyse des pratiques professionnelles. Auteure de plusieurs ouvrages, elle est aussi engagée bénévolement dans des mouvements citoyens.

[2] G. AUSLOOS, La compétence des familles : temps, chaos, processus, Ed. ERES, Coll. Relations, Toulouse, 2008, p.158.

[3] Idem, p.159.

La réprimande : une violence comme une autre …

Pour ceux qui se sont penchés sur la nature des veo (cf liste des veo) on retient et intègre souvent les violences « classiques »: les châtiments corporels (fessées, claques, tapes, tirages de cheveux etc.), humiliations, chantage, menaces, punitions, récompenses etc. Mais il y en a une qui n’est pas toujours connue et pourtant répandue en terme de « pratique parentale », notamment quand on débute dans la non violence éducative ou accompagnement respectueux, ou quand on n’a pas encore fait le tour de la question.
Pourtant cette violence est exactement du même ordre, en ce qu’elle impacte le cerveau de la même façon : la réprimande – c’est à dire le fait de se fâcher contre son enfant en l’accusant de ses erreurs et/ou le blâmant de notre état (Dr Gueguen cite bien la réprimande au même titre que les autres veo 1): « pourquoi tu as fais ça? Tu n’aurais pas dû! » « C’est idiot/pénible/méchant/bête/nul/pas sympa… » « Qu’est ce que j’ai fait pour mériter un enfant pareil?! » « J’en ai marre de toi/ce que tu fais/dis »
Même si on ne dit pas à notre enfant lors de ces remontrances des méchancetés explicites (ou pire des insultes), ou si on ne lui crie pas dessus ou si on ne lui fait pas les gros yeux, la grosse voix, etc, par le fait même de l’accuser, de lui faire comprendre qu’il est un problème, et ce même si on s’efforce de dissocier son comportement de sa personne, dans le cerveau de l’enfant s’allument les mêmes zones que celles de la douleur intense.
Pour l’enfant si l’adulte, notamment sa figure d’attachement, se met dans des états d’énervement c’est qu’il en est responsable. L’enfant se considère alors lui même comme un problème et son cerveau réagit donc en conséquence en état de stress et de culpabilisation. De la même façon quand un adulte a des attentes auxquelles l’enfant ne peut pas répondre : il se sent comme défaillant, il ne va jamais se dire que son parent en attend trop de lui mais il va se sentir juste incapable… Il est en situation d’échec du fait d’attentes irréalistes et porte sur ses petites épaules le poids de la responsabilité de la situation.
Cette information est importante pour trouver d’autres façons d’interagir : ça ne veut pas dire qu’il ne faut jamais être en colère ou s’énerver mais quand on l’est il est primordial de bien dissocier notre enfant de notre état: « ok la je suis très en colère ce n’est pas de ta faute » Et ce peu importe ce qu’il a fait, même s’il a commis la goutte d’eau qui a fait déborder le vase : il n’est pas responsable de l’eau déjà présente dans le vase et encore moins de la taille du vase…
Dans le discours on peut très bien expliquer à l’enfant à chaud qu’on ressent de la colère (cf notre article sur la gestion des émotions de l’adulte – en préparation) et qu’on a besoin de temps pour un retour au calme avant de pouvoir discuter avec lui.

Que faire ? Des pistes en plusieurs étapes…

1. Comprendre le fonctionnement cérébral d’un enfant.
* Se renseigner ce qu’il est légitime d’attendre de son enfant en fonction de son âge.
* Ne plus le voir sous le prisme de préjugés : caprices, manipulations, calculs, provocations etc
* Comprendre que derrière ses comportements il y a soit un besoin non rempli, soit une incompréhension de sa part ou une incapacité (ponctuelle comme quand il est pris par une émotion, ou temporaire comme ne pas avoir acquis les codes sociaux et règles de politesse)
2. Amorcer le dialogue
* La profondeur de la discussion sur le conflit lié au comportement de l’enfant qui nous a dérangé va dépendre de son âge.
* Ne pas se focaliser sur l’erreur commise/comportement inapproprié (ce qui est mal et sur les conséquences de ses actes).
* Lui expliquer l’attitude appropriée attendue et lui partager notre confiance à ce qu’il essaie d’adopter cette attitude la prochaine fois ou bientôt quand il sera en capacité de le faire.
3. Mise en situation et proposition de réaction: exemple de l’enfant qui tape
« Je sais que c’est difficile pour toi et que bientôt tu trouveras d’autres façons d’exprimer ta colère ». En fonction de notre état émotionnel et celui de l’enfant avoir cette discussion à froid est souvent plus productive, mais cela dépend de chacun et de la situation…
Certains vont penser : « oui mais alors il ne va jamais comprendre ses erreurs ni se responsabiliser »? Je répondrais alors : « qu’est ce que nous voulons? que nos enfants se sentent mal, culpabilisent et restent dans des sentiments de honte par rapport à leurs erreurs ou qu’ils apprennent à mieux faire? »
La réponse à cette question nous conduit naturellement à la position à adopter pour atteindre l’objectif choisi : on le sait un enfant ne peut apprendre dans la peur et le stress. Ces états bloquent son cerveau. Et les réprimandes génèrent autant de peurs et de stress que les autres veo précitées: je crois alors que dans une logique d’apprentissage notre choix sera vite vu… Si on passe notre temps à réprimander notre enfant pour son comportement et qu’on désespère que celui-ci n’évolue pas il faut peut être revoir la façon dont on gère la situation.
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4. Partage personnel : de la théorie à la pratique
En théorie j’avais intégré une partie de ce raisonnement depuis longtemps.
Réprimande = veo = pas bien Pour mon enfant ok…
Mais quand mon fils me tapait lors de ses crises de colère, sur une période allant de ses 2 ans jusque environ 4 ans, cette connaissance était loin de me remonter au cerveau. Et c’est loin d’être une simple image car moi même j’étais envahie, submergée, par des émotions et qu’elles ne laissaient place à aucune rationalité : j’étais exactement comme l’enfant qui vit une tempête émotionnelle et qui ressent des pulsions de violence pour se défendre (me sentant moi même agressée par sa violence).
Je savais que s’il me tapait c’est qu’il souffrait lui même (un enfant qui fait mal A MAL). Mais comment être emphatique de sa souffrance alors que moi même je souffrais de son comportement. Il n y avait donc plus de place dans mon cerveau ni pour la réflexion ni pour l’empathie (empathie cognitive celle qui permet de comprendre ce que vit l’autre).
Avec un effort d’acceptation de ma propre souffrance et en la déconnectant des comportements de mon fils j’ai pu faire un premier pas (ok c’est lui qui tape mais si j’ai autant mal c’est que ça renvoie aussi des choses de mon propre passé dont il n’est pas responsable: le vase tout ça…).
Ça ne veut pas dire accepter la violence de mon fils, surtout pas, ça veut dire juste mieux comprendre mon état émotionnel et tenter de me reconnecter à lui. Je n’arrivais pas pour autant à supprimer la réprimande même si je les rendais moins violentes: je faisais des efforts à ne pas dire « tu me fais mal » je disais plutôt « je n aime pas les coups ça me fait mal ».
Je discutais toujours à froid avec mon fils de ces situations, il m’expliquait comment il n’arrivait pas à s’en empêcher car « son ventre lui dictait sa conduite ». C’était sa façon à lui de dire que c était pulsionnel et en théorie je savais aussi qu’ à son âge et jusque 5 ans le geste violent est une réponse normale dans le cadre d’une frustration (bien sur ce point est à nuancer en fonction du degré de violence, et de la fréquence: il peut y avoir alors d autres facteurs que la simple immaturité cérébrale).
Je voyais qu’ on était dans un cercle vicieux où avec mes réactions je l’enfermais dans son incapacité à faire autrement. J’ai alors tout simplement arrêté de dire qu’il me faisait mal. J’ai arrêté de souligner ses erreurs, je lui disais plutôt : « je vois que tu te sens mal » tout en parant les coups « si tu as besoin je suis là ».
Par ailleurs je cherchais à remplir les besoins non comblés de contact physique, même s’il y en avait déjà pas mal (cododo, allaitement, câlins) : je me suis mise à chahuter avec lui plus souvent (tous les jours) et plus longtemps des fois 1h ou 1h30… Ça fait maintenant plusieurs mois qu’on est sur cette « pratique » et mon fils a changé de façon d exprimer sa colère: il claque une porte et s’en va en pleurant au bout de 5 min il m appelle pour un câlin.
Je suis vraiment fière de son apprentissage et je suis aussi contente d’avoir pu inverser la vapeur en revoyant ma façon de faire. Je ne dis pas que c’est facile et que ça vient du jour au lendemain mais il y’a quelques infos à avoir comme celles partagée sur l’impact des réprimandes c’est un début mais ça ne résout pas tout. Il y a nos attentes, il y a les capacités de l’enfant, nos réactions à chaud, leur origine réelle etc. Surtout peu importe nos anciennes pratiques ça prendra peut être parfois un peu plus de temps mais il n’est jamais trop tard pour inverser la vapeur… Courage si vous vivez cette situation vous aussi ou tout autre qui vous oppose à vos enfants : vous disposez des ressources pour nouer de solides relations avec eux et les accompagner respectueusement.
Maja fondatrice de www.leslunettesdemaja.fr  pour Enfances Épanouies
sources :
1 Pour une enfance heureuse, Dr Catherine Gueguen

Réflexion sur l’impact des surnoms donnés aux enfants

Nous rencontrons énormément de parents autour de nous qui donnent à leurs enfants des surnoms tels que « ma puce », « mon microbe », « mon p’tit monstre »… Si ces parents voient dans ces surnoms un côté affectif, qu’en est-il des enfants ? Que se passe-t-il dans leur cerveau ? Ces surnoms ne contribuent-ils pas, involontairement, à leur apposer une étiquette ?

Les étiquettes – Kesako ?

 

Dans son livre J’ai tout essayé, Isabelle Filliozat définit les étiquettes comme des termes qui « déclenchent une réaction de stress dans l’organisme », « inhibant les capacités de l’enfant », étiquettes auxquelles l’enfant « se conformera ».

 

La ligne floue entre surnoms affectueux et surnoms négatifs

 

Les parents ne pensent évidemment pas au parasite en appelant leurs enfants « ma puce », ou à la bête du Gévaudan en les nommant « mon p’tit monstre ». Il s’agit la plupart du temps de surnoms affectueux, attribués sans connotation négative et généralement utilisés lors de démonstrations d’affection : «Comment s’est passée ta journée ma puce ? Tu m’as manqué tu sais! » ; « je t’aime ma princesse » ; «comme tu es beau mon poussin ! ».

Y a-t-il vraiment un côté néfaste à donner des surnoms à nos enfants ? Si nous avons vu au-dessus que beaucoup de surnoms sont donnés lors de moments d’amour, donc lors de situations positives, où tout se passe bien, qu’en est-il lorsque le parent se remet à appeler son enfant par son prénom ? Ce dernier peut-il imaginer que dans ce cas, il ne s’agisse pas d’un échange affectueux, et donc que la situation est plus sérieuse ? Peut-il imaginer qu’il a fait quelque chose d’inapproprié ?

J’ai remarqué que souvent, les parents donnent des surnoms tout mignons à leurs enfants quand les conditions sont favorables : tout le monde s’entend bien, on rit, on discute (« je t’aime ma puce ») et d’un coup, paf, le verre d’eau tombe et se brise (oh M. ! Mais c’est pas vrai, ça ! Tu peux pas faire attention ? ») et les parents se mettent soudainement à appeler leurs enfants par leur véritable prénom.

Il me semble donc indispensable que chaque parent, même s’il trouve les surnoms qu’il donne à son enfant adorables et affectueux, se demande ce que ressent son enfant lorsqu’on le surnomme de telle ou telle manière. Lorsque j’appelais mon fils « ma puce », il ne disait rien, au début, tout simplement parce qu’il n’en avait pas les capacités langagières. Quand il a commencé à bien s’exprimer, à faire part de ses ressentis, il m’a dit « Arrête de m’appeler comme ça, maman, je ne m’appelle pas ta puce, je m’appelle L. » Cette phrase m’a permis de me questionner à ce sujet, et de me dire qu’au-delà du terme « puce » qui pouvait le gêner, il y avait également le déterminant possessif « ma ». Or, mon fils ne m’appartient pas. Peut-être lui retirais-je involontairement un peu de son unicité en l’appelant de la sorte.

Ne parlons pas des surnoms dévalorisants et humiliants tels que « ma pisseuse », «mon p’tit merdeux », « le chiard »…qui sont d’une violence sans nom !

En conclusion, je pense que même si l’intention qui est donnée est importante, elle n’est pas LA PLUS importante. Ce qui est nécessaire, à mon sens, est de prendre en compte ce que ressent l’enfant lorsqu’on lui attribue, occasionnellement ou non, un surnom. N’oublions pas également que les tout-petits n’ont pas la capacité à comprendre le second degré.

Evidemment, pour les parents, dire « t’es vraiment un p’tit monstre ! » après que l’enfant ait jeté la télécommande de mamie Josette sur la vitrine d’oeufs de collection Faberg*, ou pendant une bataille de chatouilles, cela n’a pas du tout le même sens. Mais l’enfant ne comprenant pas le second degré, que se passe-t-il dans son esprit ? Il peut comprendre qu’il est un monstre. D’autant plus s’il est habitué à entendre ce mot de façon récurrente. Ce surnom peut donc devenir une étiquette qui colle à l’enfant et à sa personnalité. On l’appelle de cette façon quand on considère que son comportement est inadéquat. Cette image va donc s’ancrer en lui et son comportement collera parfaitement au surnom qu’on lui a donné. En effet, cette étiquette risque d’amplifier ses comportements. Le cercle vicieux en somme… l’effet Pygmalion, défini comme la capacité des attentes sociales à créer des réalités sociales, la « prophétie auto-réalisatrice ». Comme le montre l’image ci-dessous, l’enfant devient ce que l’adulte croit qu’il est à l’origine : les mots de l’adulte ont donc influencé le comportement de l’enfant.

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Crédit photo : Héloïse Weiner pour « It’s a mum’s life »

Ainsi, je pense que chacun doit rester vigilant afin de ne pas enfermer l’enfant dans un comportement qui colle avec le surnom qui lui est donné, comme faisant partie intégrante de sa personnalité. Même avec des surnoms qui peuvent paraître tout mignons au premier abord, il est possible que l’on colle inconsciemment des étiquettes à nos enfants.

Anaïs Leonard Duquesne, pour Enfance Épanouie

Plus d’infos sur l’effet Pygmalion

Réflexion sur la politesse et le respect de l’enfant

« C’est pas poli ; dis bonjour ; je te donne ce jouet si tu me dis merci »

Code sociétal, règle de bonne conduite, indice d’éducation réussie… La politesse reste sacrée pour grand nombre d’adultes.

C’est quoi, être poli ?

La politesse, c’est l’ensemble des usages sociaux régissant les comportements des gens les uns envers les autres ; observation de ces règles.1

Or, les enfants ne comprennent pas encore tous ces codes sociaux.

Quel est le meilleur moyen d’apprendre la politesse à nos enfants ?

  • Favoriser le mimétisme par l’exemple.

Les enfants apprennent les codes sociaux en observant les personnes qui les entourent. Ils finissent par les imiter une fois qu’ils en ont compris les tenants et aboutissants.

En montrant l’exemple, les neurones miroirs2 des enfants s’activent. Ils permettent à l’enfant de reproduire l’action, et d’en saisir les intentions et les émotions.3

Exemple : Papa et maman ont dit bonjour en souriant à l’hôtesse de caisse. L’hôtesse de caisse a à son tour dit bonjour à papa et maman en souriant. L’intention est positive.

Fonctionnement des neurones miroirs

 

  • La vivre

Si l’on pousse la réflexion un peu plus loin, dans la littérature, le terme « politesse » vient du verbe « polir », qui signifie « initier quelqu’un aux règles de la civilité, de la bienséance », ou encore « donner à une surface un état uni, lisse et luisant »1. On peut se demander si la politesse peut vraiment s’inculquer sans façonner, sans conditionner.

De manière générale, nous usons tous de ces codes artificiels quotidiennement. Qui ne s’est jamais forcé à dire «bonjour» ? Dans ce cas là, il est bien difficile pour l’enfant de saisir la nuance entre la politesse «hypocrisie» et la politesse «courtoisie-empathie» : c’est l’un des facteurs qui fait que la politesse est un concept difficile à intégrer pour un enfant, tant que son cerveau n’est pas apte à saisir ce type de subtilités sociales. Il me semble impossible de transmettre ces valeurs aux enfants s’ils ressentent qu’il s’agit-là d’obligations et d’hypocrisie.

Qu’enseigne-t-on à l’enfant en le forçant à intégrer tous ces codes sans qu’il les ait entièrement compris ? Souhaite-t-on que sa politesse soit sincère et qu’il sache également utiliser tout de même la politesse–hypocrite quand cela est nécessaire ? Si oui, alors il faut alors envisager la transmission de cette règle (la politesse) d’une autre manière qu’en l’obligeant… Quel est l’inconvénient de forcer un enfant ?

L’enfant forcé est un enfant conditionné, qui utilise les formules de politesse de façon mécanique, sans en comprendre la valeur. De plus, il apprend l’hypocrisie : «on me force à dire des choses que je ne pense pas» et donc le mensonge, ainsi que la crainte induite par cette obligation. Les formules de politesse n’ont aucune valeur si l’enfant agit sous la contrainte. En y regardant de plus près, la majorité des adultes ne remarquent pas les signes qui font qu’un enfant est en train d’intégrer les règles de politesse (sourire, signe de la main, … ou plus déroutant : cris de superhéros, courir se cacher derrière maman puis regarder en faisant un grand sourire puis se recacher, proposer directement de jouer ou parler directement d’un truc qui les passionne ou faire une observation rigolote sur la robe à fleur de tatie Danièle), et prennent cela pour un affront. Quel dommage ! En prenant les choses ainsi, ils retardent l’apprentissage de la politesse ou alors biaisent complètement son apprentissage : l’enfant risque d’intégrer que la politesse est une forme de soumission que l’on doit avoir de manière mécanique face à n’importe quel adulte ! Pour mieux comprendre le mécanisme de l’obéissance, voir lien ci-après. Réflexion sur l’obéissance

Pour mieux comprendre:

C’est un réflexe naturel de se mettre en sécurité derrière maman/papa (ou tout autre comportement qui semble inapproprié lorsqu’il faudrait dire bonjour/merci, etc..) pour au fil des mois, comprendre qu’il n’y a pas de danger avec telle ou telle personne, et qu’il peut imiter sereinement papa/maman en saluant chaleureusement (ou pas^^) le(s) interlocuteur(s). Souvent les petits enfants traversent une période où ils sont réticents à toute nouvelle rencontre ainsi qu’aux règles de politesse (que ce soit une personne connue ou non)

En fait, comme tout apprentissage, l’enfant -et vous- allez passer obligatoirement par 3 phases, comme expliqué dans le schéma ci dessous (que l’on peut facilement adapter à n’importe quel type d’apprentissage).
Sous ce schéma, nous allons expliquer 3 types de situations auxquelles sont confrontés tous les parents/enfants, afin de mieux comprendre et de trouver ainsi des solutions adaptées.

 

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  1. Lors d’un changement de situation, le petit enfant a besoin d’une “bulle sécuritaire” (c’est un réflexe normal guidé par son cerveau reptilien) de quelques minutes pour se faire à cette nouvelle situation (arrivée chez mamie, recevoir des invités, ou pire: faire face à un groupe de gens aux visages peu ou pas familiers qui veulent venir te parler, ou pire encore, te faire des bisous de force!!). Vous remarquerez quasi systématiquement que passé ce temps, l’enfant redevient naturel: le signal d’alarme “sécurité” de son cerveau lui dit qu’il n’y a pas de danger et qu’il peut reprendre une “activité normale”.

Schéma pour comprendre les fonctions du cerveau reptilien.

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2. Les imitations de nos enfants sont souvent maladroites: parfois ils font des “essais foireux” : ils voudraient dire bonjour, et cela finit par un rire gras qui ressemble à un grognement ou alors fondre en larmes, etc…

Outre le fait que papy Claude et que tante Ginette vont *selon les cas*:

  • râler sans aucune retenue et sans aucun respect pour vous et votre enfant et couvrir l’enfant de jugements plus absurdes et paralysants les uns que les autres.

  • ou vous regarder simplement de travers.

Il faut comprendre que ceci est une phase classique par laquelle passent quasiment la totalité des enfants. Elle est nécessaire à leur apprentissage de la règle.

3- le refus , la provocation:

Idem que dans le point 2: pour intégrer une règle, il faut aussi avoir expérimenté les réactions très diverses et variées des gens face au refus de faire un signe de politesse. Cela prend du temps, et comme dit dans le point ci-dessus, cela passera: cette période pas simple peut faire partie de la phase finale d’intégration de la règle de politesse. Si on force, on prolonge cette phase d’intégration de la règle au risque de faire en sorte que cette règle soit mal intégrée (exemple: systématiquement, en votre absence, l’enfant refusera de dire merci ou bonjour car on l’a trop forcé).

L’enfant regorge de façons de montrer sa joie de voir quelqu’un : un sourire, une invitation au jeu, un regard. Je préfère un regard et un sourire sincères qu’un bonjour hypocrite. Les relations sociales s’apprennent tout au long de la vie. Laissons à nos enfants le temps de comprendre comment fonctionnent les relations sociales entre les gens. Il en est de même pour l’apprentissage des codes sociaux. Il faut prendre en compte le rythme d’apprentissage des enfants, qui, d’un enfant à l’autre, diffère. Soyons patients !

Le cas du bisou

Dès le plus jeune âge, il est, à mon sens, primordial d’apprendre à l’enfant la notion de consentement.

Qu’est-ce que le consentement ? Par définition, le consentement est « l’action de donner son accord à une action, à un projet. »1 En d’autres termes, il s’agit de prendre en considération les sentiments de l’enfant. Dans le cas contraire, si l’enfant est forcé, l’enfant intégrera l’idée que l’adulte a le pouvoir sur lui, sur son corps.

 

 

Veillons à ce que nos rêves et désirs ou nos conditionnements (waw, il est super poli ton petit !!) ou nos peurs ou nos pressions (tu me déçois, tu n’élèves pas bien nos petits enfants ! De mon temps, on respectait les adultes, nous !) ne dépassent pas les capacités de l’enfant à l’instant T: chaque chose en son temps, tout vient à point à qui sait attendre ! Faites confiance à vos enfants : ils sont PROGRAMMÉS pour nous imiter (une fois qu’ils ont intégré la règle, ce qui prend un certain temps).

Imposer la politesse aux enfants, que ce soit par le bisou et/ou le bonjour forcé(s), relève davantage de ce que les gens vont «penser de nous», du regard des autres que de la volonté sincère de guider nos enfants vers une compréhension/intégration des règles sociales. Lorsque l’enfant sera prêt, il utilisera naturellement les formules dites de politesse, ayez confiance en eux!

Pour finir, une petite métaphore à méditer :

Un arbre qui grandit lentement s’enracinera profondément et solidement: laissez-le temps à votre enfant d’observer les règles de politesse et le jour où elles seront intégrées, il vous surprendra: il saura comment utiliser la politesse de manière appropriée. Et pour le bisou, lorsqu’il en donnera, ceux-ci seront sincères et non forcés. Cela fait une sacré différence : un bisou ou un câlin sincères, c’est autre chose qu’un bisou ou un câlin mécaniques faits «pour faire plaisir à l’adulte» !

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Pour faire plaisir à l’adulte…voilà une façon de penser bien dangereuse, ne trouvez-vous pas ?

Apprendre les « bonnes manières » ne doit pas devenir plus important que le besoin de sécurité de nos enfants.

Courage! Au fond, le plus dur, ce n’est pas d’accompagner nos enfants en respectant leur rythme/leur évolution, mais de faire face aux regards et jugements des autres… Ce sujet fera l’objet d’un prochain article 😉

Sandra Zandra et Anaïs Leonard Duquesne, pour Enfance Épanouie.

 

 

 

 

 

 

 

1Définition du dictionnaire Larousse

2Pour en savoir plus sur les neurones miroirs https://www.youtube.com/watch?v=sRdUlO3qdak

3Catherine Gueguen, Pour une enfance heureuse

4Définition du dictionnaire Larousse

Le sommeil de l’enfant, le cauchemar des parents

Le sommeil de l’enfant, vaste sujet.

C’est une problématique qui existe depuis toujours avec une panoplie de guides, de méthodes, de produits miracles… Mais si tout le monde pense que c’est un problème alors pourquoi personne n’a encore de solution ?

Le sommeil des enfants : les principes

Avant d’avoir un enfant, on s’imagine plein de choses. J’avais une opinion très claire sur le sujet du sommeil, un bébé doit avoir de bonnes habitudes, on ne doit pas le faire dormir avec nous, lui donner une bonne routine, ne pas faire le silence ni s’empêcher de faire du bruit la journée quand il dort sinon il en prend l’habitude, etc. . Je pensais également que vers 3 mois le bébé faisait ses nuits naturellement. Pour moi la plupart des bébés dormaient « comme un bébé », tout le temps ! Que si son environnement était sain son sommeil serait sain, mais que si les parents étaient anxieux, instables, l’enfant le serait aussi. Pour moi, comme pour beaucoup de monde, le sommeil c’était donc un sujet super simple purement éducatif sauf exception.

Puis quand on devient parent on voit les choses de façon différente mais c’est l’entourage, la famille, qui à son tour nous partage ses principes, ses conseils et critiques. Pourtant à cette période un jeune parent n’a pas besoin de jugement, mais de soutien. C’est épatant de voir à quel point ça semble si simple pour tout le monde alors que paradoxalement la question qui revient sans cesse dans leur bouche c’est « alors il dort bien ??? »

Le sommeil des enfants : la réalité

La réalité est bien différente quand on se rend compte que dès les premiers jours de vie son enfant ne dort pas bien, ou qu’au bout d’un certain temps, du jour au lendemain, il ne dort plus « comme un bébé ». On pense que le temps va arranger les choses, qu’il est petit, et puis les semaines passent, les mois passent et arrivé à un moment on se demande comment cela se fait que son bébé ne dorme toujours pas « comme un bébé » ?

On commence à se renseigner, à s’inquiéter, sous la pression de l’entourage qui nous demande constamment « Alors? Alors ? Il dort bien ? Il fait ses nuits??? ». On cherche sur internet « mon bébé de 3 mois se réveille la nuit »
puis « mon bébé de 4 mois se réveille la nuit »
… puis 6
…7
Aucune solution ne s’offre à nous, beaucoup de témoignages, des astuces miracles, mais qui ne fonctionnent pas chez notre bébé bien entendu. On découvre une méthode qui consiste à laisser pleurer. Parfois excédé on essaye, on trouve ça horrible, on laisse tomber en culpabilisant de ne pas réussir, on continue les recherches et on finit par passer plus de temps à chercher une solution au final, qu’à dormir quand on pourrait le faire.

La goutte d’eau c’est lorsque l’enfant dort bien et qu’on ne s’y attend pas, on s’inquiète et donc on n’en profite pas…

Selon le pédiatre ou le médecin qui s’occupe de notre enfant, on aura des réponses différentes, car la seule approche qu’ils ont de l’éducation des enfants est celle de leur propre expérience, et surtout de leurs propres valeurs éducatives. Donc ils nous donnent généralement les conseils qui vont avec, sans être formé professionnellement sur le sujet. « Le pédiatre a dit » n’a pas plus de sérieux que « le plombier a dit ».

Concrètement, citons une étude parmi tant d’autres : ici des chercheurs finlandais ont relevé l’emploi du temps sur 24 heures de 270 bébés âgés de 0 à 12 mois. En voici les résultats :
– jusqu’à 3 mois 90 % se réveillent
– de 3 à 5 mois, près des trois-quarts

– de 6 à 8 mois, les deux-tiers
– de 9 à 12 mois, ils sont encore 47 % à se réveiller
On est loin de la norme du bébé de 3 mois dormant toute la nuit ! Et pourtant, c’est souvent par rapport à cette « norme » illusoire que les jeunes parents jugent le sommeil de leur enfant, en concluant que celui-ci « a des problèmes » ou « veut faire tourner ses parents en bourrique »… (lien)

Ici des données générales sur le sommeil en français (lien)

Pour un bébé, « faire ses nuits » donc, ça n’est pas des nuits de 12 heures en ligne comme on l’imagine, en fait dans la définition c’est 5 heures. Donc un bébé qui fait ses nuits c’est un bébé qui dort par exemple non stop de 20h a 1h du matin! Youpiii

Un bébé ne dort pas forcément « comme un bébé » non, un bébé ne fait pas toujours (et très rarement) « ses » nuits à 3 mois, encore moins les nôtres (d’où vient cette idée? Oh, mais c’est l’âge où la mère en général doit reprendre le travail, coïncidence ?) et une fois qu’il les fait, ça ne dure pas. Les régressions sont courantes.

Un bébé ne se couche pas toujours très tôt tous les soirs et ne se lève pas tard tous les matins même si on lui instaure un rythme, car un bébé n’a pas un sommeil mature avant 3, 4 voir 5 ans! C’est tout simplement biologique! (lien)

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Certains bébés dorment plus que d’autres sans que ça soit éducatif, car c’est génétique ! (lien 1 ) (lien 2)

Arrivez-vous à vous endormir quand vous n’avez pas sommeil vous ?

Le sommeil des enfants : Pourquoi c’est si compliqué???

  • C’est un sujet tabou…

Bien sûr si on écoute notre entourage leurs enfants dorment toujours très bien, beaucoup, sereinement, en 2 minutes, dans leur petit lit bien gentiment. Mais souvent ce qu’ils ne précisent pas, c’est qu’ils se lèvent quand même la nuit pour remettre la tétine (pour beaucoup faire ses nuits c’est ne plus manger la nuit !), remettre la veilleuse ou simplement ils mettent des boules quies pour ne pas l’entendre. Ce qu’ils ne disent pas c’est que parfois le bébé à nouveau se réveille la nuit, a besoin à nouveau d’un biberon, reste éveillé pendant des heures en plein milieu de la nuit car il a envie de jouer, met 2h pour finir par s’endormir le soir, se réveille à l’aube, bataille pour ne pas aller à la sieste, redemande notre présence pour s’endormir etc.

Forcement on a toujours plus envie d’annoncer une progression de son enfant plutôt qu’une régression…

Ce que certains ne précisent pas non plus c’est qu’ils ont eu recours à des somnifères pour faire dormir leurs enfants, c’est malheureusement plus fréquent qu’on ne le pense. On estime que 16 % des bébés de moins de 1 an en France prennent régulièrement un produit somnifère, 26% en ont déjà pris ponctuellement. (lien) Même problématique au Québec (lien)

Mais sinon quand on en parle il n’y a pas de problème autour de nous…

  • Ça n’est pas ce que l’on croit.

Quand on regarde les dernières données sur le sommeil on se rend compte de l’énorme marge qu’il peut y avoir sur les besoins REELS de sommeil de chacun.

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(Étude à l’échelle mondiale menée par la National Sleep Foundation sur plus de deux ans, à propos des recommandations de temps de sommeil pour chaque tranche d’âge.)

Un enfant qui dort peu, un enfant qui se réveille la nuit, s’il est en forme la journée c est un enfant normal! Ça n’est pas un trouble ça n’est pas une mauvaise éducation à partir du moment où l’enfant est épanoui éveillé (c’est le cas de le dire) et qu’il se développe bien.

On peut parler de trouble lorsque par contre l’enfant a les traits marqués, qu’il pleure excessivement, qu’il est irritable, en souffrance ou en mauvaise santé. Si le parent pense qu’il y a un problème, il est le mieux placé pour le savoir.

Quand le parent s’inquiète et demande de l’aide, il a le droit souvent à la réflexion « tu le couves trop » « tu es trop fusionnel ». Pourtant l’allaitement,  le cododo/cosleeping ,  le maternage proximal n’en est pas la cause. Beaucoup d’études aujourd’hui prouvent que ça n’est pas en lien, au contraire, c’est la meilleure façon d’aider l’enfant à prendre de bonnes bases de réconfort et de sécurité pour le reste de sa vie.

(Allaitement lien)

(Cosleeping lien études scientifiques)

-L’allaitement la nuit est même recommandé pour la maturité du sommeil (lien)

-Le sommeil partagé est tout simplement la norme biologique, si c’est le souhait du parent, cela permet de se reposer, de maintenir l’allaitement et de rassurer tout le monde (lien)

-le maternage proximal, l’empathie envers son enfant est le meilleur moyen de lui apprendre qu’il est une personne importante et qu’il peut compter sur nous à chaque instant.

Un  bébé qu’on aura materné écouté rassuré aura, entre autres, un bien meilleur sommeil pour le reste de sa vie. Un enfant qu’on force à dormir, qu’on couche dans les cris chaque soir quant à lui ne prendra pas plaisir au repos, n’apprendra pas à écouter les signes de sommeil, et les besoins de son corps.
Si on a peur des mauvaises habitudes, il faut se demander : connait-on beaucoup de personnes de 18 ans qui tètent pour s’endormir et dorment dans le lit de leurs parents là nuit ? Moi non… Pourtant c’est un argument tellement utilisé ! Pourquoi ça n’arrive pas ? Parce que, comme pour toute acquisition, elle se fait un jour, naturellement, sans qu’on force et sans que cela se fasse dans les pleurs.

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Mais pourquoi mon bébé se réveille ?

Un bébé a au moins 12000 raisons de se réveiller la nuit : rythme circadien immature, cycles de sommeil plus court, sommeil plus léger, instinct de survie, besoin de se nourrir, de se désaltérer, froid, chaud, rhume, troubles digestifs, douleurs diverses, étiquette qui gratte,  inconfort, voisin du dessus bruyant, besoin d’être rassuré,  poussée dentaire, constipation, otites, excitation lors des acquisitions, pleine lune, cauchemars, etc.etc. et /ou tout simplement il n’a pas sommeil du fait de la production immature d’hormones du sommeil qui varie selon les âges (les couchers sont généralement plus tardif entre 2 et 6 ans puis à l’adolescence par exemple)

Par contre le bébé lui, parmi ses différents moyens de communication, le plus efficace qu’il peut utiliser pour nous alerter sur un besoin, un mécontentement, un inconfort c’est le pleur. Instinctivement, un parent qui entend son enfant pleurer ressent l’envie d’y répondre, c’est naturel, il faut avoir confiance en son instinct.

Lorsque le parent résiste à son instinct et laisse pleurer l’enfant il perd progressivement cette capacité d’empathie, l’enfant se résigne, ce qui parait être efficace car il va pleurer moins seulement, intérieurement, l’enfant continue à sécréter des hormones nocives pour son cerveau. (Étude)

A l’inverse lorsqu’on répond aux pleurs de l’enfant,  s’il s’apaise comme par magie ça n’est pas qu’il joue de nous, mais tout simplement qu’il est rassuré de notre réponse et que son besoin est comblé. Un enfant qui ne se rendort sereinement qu’après avoir eu un câlin, une tétée ou un biberon ça n’est pas forcément à cause d’habitude, mais c’est juste qu’il en a besoin du fait de son immaturité. (lien)

A l’Université de Swansea (Royaume-Uni), des chercheurs ont suivi 700 mères de bébé âgé de six à douze mois. Il leur a été demandé combien de fois leur bébé se réveillait pendant la nuit et si elles lui donnaient à manger. Ils ont constaté que 78 % des bébés avait au moins un réveil nocturne. 61 % d’entre eux buvait encore du lait au moins une fois pendant la nuit. Fait intéressant, les chercheurs n’ont noté aucune différence dans les réveils nocturnes entre les enfants nourris au biberon ou au sein. Pas plus que concernant la quantité d’aliments qu’ils avaient consommées pendant la journée. On pense donc souvent, à tort, que pour que l’enfant fasse ses nuits plus vite, il faut qu’il mange plus la journée. « Nos résultats montrent qu’il est normal que les bébés se réveillent, ne vous inquiétez pas à ce sujet », a ainsi déclaré le Dr Amy Brown (source)

De savoir ça moralement ça aide, mais physiquement c’est vrai, ça n’en est pas moins difficile :

Pour conclure le réel problème du sommeil de l’enfant, c’est lorsque la situation devient physiquement ou moralement dangereuse pour le parent, lorsque celui-ci n’a pas la possibilité de trouver une aide. Dans ce cas il faut le plus vite possible trouver des solutions pour s’adapter (micros siestes, relais, partage de chambre) pour que cette période de vie soit la moins difficile possible, pour éviter l’accumulation du manque de sommeil qui est souvent bien plus compliqué à rattraper que de changer une soi-disant « mauvaise habitude ». Il faut également que le parent écoute son cœur et son instinct pour savoir si la situation lui semble normale ou s’il y a réellement un problème qu’il serait possible de résoudre (problème d’allaitement, reflux, douleurs de naissance, angoisses, carences, allergies, apnées, etc.) il existe aujourd’hui des réseaux de soutien et des professionnels bienveillants sur le sujet.
Pour ce qui est de l’entourage il faut bien leur rappeler que chaque enfant est différent et que non un bébé, un jeune enfant qui se réveille la nuit, qui a besoin d’une présence pour s’endormir, ça n’est pas anormal. Pour ceux qui ne veulent rien entendre un « oui oui il dort bien » fonctionne en général.

Arrêtons de faire la course à qui a fait ses nuits en premier, soyons honnête, il n’y a pas de honte à avoir un enfant qui se réveille, et si l’enfant dort bien il faut s’estimer heureux oui, mais pas plus compétent qu’un autre, soutenons-nous au lieu de nous juger. Un enfant, que ça soit pour la marche la continence le langage, etc. (sauf pathologie),  apprend sans qu’on le force à dormir d’une traite la nuit, à dormir seul et à s’endormir seul. Parfois c’est tôt, parfois c’est a 3,4 ou 5 ans, mais ça n’est pas mauvais pour lui c’est seulement dur pour les parents surtout s’ils se sentent incompétent et qu’ils n’ont pas de soutien.

Être serein sur le sujet, faire confiance en son enfant même lors des régressions est la meilleure méthode pour l’aider à faire cette acquisition pleinement.

« Un « ici et maintenant » réussi et chaleureux rend les enfants plus forts. Ils se construisent en accomplissant ce qui correspond à la phase de développement dans laquelle ils se trouvent. Ils trouvent le courage d’aborder chaque étape à venir en s’attaquant d’abord aux tâches adaptées à leur niveau actuel.

Pourquoi minimiser l’importance du présent? Les parents sont-ils si forts qu’ils puissent se permettre de chercher des solutions avant même qu’il y ait un problème? Oui, c’est vrai, il peut arriver qu’un bébé qui s’endort au sein vous tape un jour sur les nerfs, et que cela devienne, à ce moment-là, un souci.

Mais pourquoi devrait-on qualifier cela de « mauvaise habitude », alors que la maman et le bébé l’apprécient peut-être tous les deux? Pourquoi à tout prix introduire dans notre royaume la dictature du « Pour que, plus tard... »? Extrait du livre Schlaf gut, Baby! Der sanfte Weg zu ruhigen Nächten d’Herbert Renz-Polster et Nora Imlau.

Si vous voulez en savoir plus… il y a tellement à dire… je vous recommande cette brochure de sensibilisation rédigée par des spécialistes sur le sujet http://llwynrt.legtux.org/laisserpleurer.pdf
« Tant le jour que la nuit, les bébés et les bambins ont besoin d’un prise en charge aimante et de la proximité de leur(s) personne(s) de référence. Leurs besoins restent les mêmes 24 heures sur 24, et ils n’ont pas encore la notion du temps.
Laissé seul, le bébé ou le bambin ressent une grande peur. Dans le cas normal, il est amené à activer un mode d’attachement sain: c’est-à-dire qu’il met tout en œuvre pour atteindre sa personne de référence. Il va donc pleurer pour amener ses parents à le prendre près d’eux, à le consoler et à lui procurer un sentiment de sécurité. Si les parents ne réagissent pas à son besoin de proximité et de protection, il ressent une douleur de séparation et une rupture de
confiance qui peut entraver la construction d’un attachement dit «sécure», et porter préjudice à son développement ultérieur. C’est pourquoi il est étonnant que des personnes qui remplissent une fonction de conseil auprès des parents continuent à leur suggérer les méthodes «d’apprentissage du sommeil» (…) Le «laisser-pleurer» largement pratiqué jadis est aujourd’hui récusé par tous les spécialistes comme une méthode très douloureuse et néfaste pour l’enfant. (…)Mais beaucoup de mamans sentent instinctivement que cette manière de procéder n’est pas salutaire pour leur enfant. Celles qui ont appliqué une telle méthode pour un temps limité sont souvent encore plus inquiètes de l’intensité des pleurs de leur enfant. Les réveils fréquents d’un enfant constituent un défi pour la plupart des parents, et peuvent induire une profonde fatigue. Mais les parents qui comprennent mieux le comportement de sommeil de leur enfant, grâce à une information compétente, et qui sont renforcés dans leur manière attentionnée de réagir à leur enfant, vivent souvent mieux les réveils nocturnes. »

Le livre le plus actuel et complet sur le sujet  Ici

Faites vous confiance!

Anaïs

Action concernant le site du CIDJ

Aujourd’hui, nous relayons le message d’étonnement de Kty Angers à propos du site du CIDJ (Centre d’Information et de Documentation Jeunesse) placé sous le patronnage du Ministère de la Jeunesse et des Sports.
En effet, sur ce site il est possible de lire que les claques venant des parents sont autorisées (http://www.cidj.com/…/mineurs-en-danger-ou-en-difficulte-le…)
Il nous est apparu nécessaire de réagir. C’est pourquoi nous vous proposons de contacter le CIDJ par le moyen qui vous convient le plus.Si vous le souhaitez, vous pouvez copier le courrier type ci-dessous.

Merci

 

CIDJ
101, quai Branly
75740 Paris cedex 15

Madame, Monsieur,

Je me permets de vous transmettre ce courrier pour vous exprimer mon étonnement concernant un
article de votre site internet.
En effet, en suivant le lien suivant : http://www.cidj.com/…/mineurs-en-danger-ou-en… , j’ai été
interpellé par ce paragraphe :

« Personne n’a le droit de vous frapper.
Seule exception : une petite claque, isolée, peut être tolérée s’il s’agit de vos parents et que cet acte
intervient si vous avez fait une bêtise.
Si ces violences sont habituelles ou si elles n’ont aucun but éducatif, ou si elles sont trop fortes, ce
n’est pas normal.
Exemple : il n’est pas normal de recevoir une fessée à l’aide d’une ceinture. Il n’est pas normal de
recevoir des claques, mêmes légères, tous les jours pour n’importe quel motif.
Ces faits sont encore plus graves s’il s’agit de quelqu’un de votre famille : vos parents, mais aussi vos
beaux-parents, vos grands-parents, vos oncles, vos tantes… Idem s’il s’agit d’un de vos enseignants,
surveillants, animateurs… ».

Ici, vous affirmez clairement qu’un parent à le droit de frapper son enfant, de le gifler.
Or, cela est clairement interdit par la loi (article 222 du code pénal).
De plus, vous insinuez que frapper peut posséder un caractère éducatif voire mérité. De fait, vous
approuvez voire incitez la violence sur mineurs.

Je souhaitais vous rappeler que les dernières recherches (en neurosciences notamment) prouvent au
contraire que frapper n’a aucun caractère éducatif et détruit peu a peu l’enfant qui en est victime.

D’après Anne Tursz (Inserm), 700 enfants décèdent par an en France des suites de coups et de
maltraitance. Tant que cette violence restera banalisée et communément admise, ce nombre ne
baissera pas, au contraire.

Je vous demande ainsi, par ce courrier, d’être sans équivoque concernant l’interdiction de frapper
son enfant. Votre site est destiné aux jeunes et, plus que n’importe quel autre, il se doit de véhiculer
un message fort sur les droits de l’enfant. Absolument personne n’a le droit de frapper quelqu’un :
même un parent. C’est une atteinte à l’intégrité et c’est puni par la loi.

Merci de votre lecture et de votre compréhension.

Cordialement.

 

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