**BREAKING NEWS** La culpabilité, ça se transforme!

Que le premier parent qui n’a jamais culpabilisé de l’un de ses agissements de parent lève la main !

Personne ?

Ok. Merci. On peut donc partir sur une base commune.

La pression sociale du « bon-parent-bienveillant-mais-ferme-voire-strict » étant ce qu’elle est, et face aux regards souvent réprobateurs de notre environnement, le doute s’installe et la culpabilité nous assaille parfois.

 

Mais au fond, c’est quoi la culpabilité ?

 

Encore un prétexte de plus pour emprunter à Claire Denis[1] une formule que j’affectionne tout particulièrement : « faire résonner les mots, pour mieux raisonner. »

Pour le Larousse, la culpabilité c’est le « sentiment de faute ressenti par un sujet, que celle-ci soit réelle ou imaginaire. »

C’est cette idée de « faute » qui me fait rejoindre Guy Ausloos[2] lorsqu’il déplore la confusion qui est encore souvent faite entre la notion de culpabilité et celle de responsabilité. Aussi, pour l’auteur, la notion de faute dans sa dimension plutôt judéo-chrétienne, engendrerait celle de culpabilité.

Dans un sens plus systémique, le terme de responsabilité amènerait plutôt à celui de compétences, davantage enclin à l’accueil, par le système lui-même, de l’information nécessaire à la découverte d’« auto-solutions » et à l’émergence de l’« innovation » . Et l’auteur, de poursuivre :

 

« Une famille responsable signifie une famille qui a des responsabilités et qui est capable de les prendre.»[3]

 

À l’heure où de nombreuses voix s’élèvent pour parler du « métier de parents » (piquant au passage cette expression à Freud dont les théories sur l’enfance ont été amplement décriées), à celle où l’on voit passer maints articles au sujet d’une « parentalité positive qui a fini par nous gonfler », laissant ainsi à voir la pression vécue par les personnes acquérant ce statut à la fois si évident et si particulier, comment se situer pour simplifier la donne sans risquer de paraître « simpliste » ?

 

Indéniablement, devenir parent, c’est accroître son champ de responsabilités.

À la mention « responsable de soi », le parent ajoute « responsable de l’Autre », et cet « Autre » en cela qu’il n’est pas encore autonome, est un être de besoins auxquels il faut répondre pour assurer sa survie et son épanouissement en tant qu’être humain.

Voilà donc le parent, adulte, responsable de la vie de son petit et de l’accompagnement quasi constant de son quotidien, concourant à mettre à sa disposition le terreau nécessaire dans lequel il pourra puiser pour devenir, à terme et à son tour, un adulte autonome, indépendant et responsable, adapté à la société dans laquelle il évolue.

(ou pas. Mais ça, c’est un autre débat 😉 )

Et même si je comprends que ce soit parfois une sorte de contorsion intellectuelle ET émotionnelle, nécessitant une grosse dose de remise en question, se départir de notre culpabilité de façon constructive est un processus aidant, sinon primordial à l’épanouissement des membres de la famille, fussent-ils des enfants.

 

Mais alors, comment je m’y prends ?

 

Attention ! S’il ne s’agit pas de balayer la culpabilité ressentie pour passer à autre chose parce qu’elle nous est insupportable, il s’agit encore moins d’essayer de se rassurer en cherchant des excuses à nos comportements et/ou du réconfort à grand renfort de « chaudoudoux ».

Non.

Désolée.

 Tout simplement parce que – pour reprendre une analogie philosophique de notre consœur Maja – « C’est comme casser son régime avec une plaque de chocolat et de le reprendre le lendemain en se disant qu’on fera attention plus tard ! »

Plus sérieusement, lorsque le sentiment de culpabilité paraît, il convient au contraire d’y prêter la plus grande attention dès les premiers signes. Considérons alors ce ressenti désagréable comme une sorte de signal d’alarme. En deux exemples, ça pourrait donner à peu près ça :

  1. La culpabilisation/déculpabilisation

« En ce moment, j’ai l’impression de passer mon temps à râler, gronder et crier parfois. J’ai même envoyé la petite dernière dans sa chambre avec perte et fracas pour qu’elle se calme. Je ne suis pas fièr.e de moi. J’ai vraiment merdé. Je me sens nul.le. Tout est de ma faute. Oui, mais j’ai la pression en ce moment, ce nouveau boulot, la fatigue, le mari/la femme qui travaille beaucoup, plus tout ce à quoi je dois penser pour les enfants, et mes parents qui me traitent de laxiste ! Ils ont peut-être raison finalement… ça ira mieux demain… ou ce weekend… ça arrive à tout le monde de craquer, c’est pas si grave… »

Le « Oui, mais… » est fatal. Non content de ne pas faire disparaître le problème, il se contente (au mieux !) d’atténuer un peu le sentiment désagréable en le mettant à distance…Jusqu’à la prochaine fois.

 

  1. La culpabilisation/responsabilisation

« En ce moment, j’ai l’impression de passer mon temps à râler, gronder et crier parfois. J’ai même envoyé la petite dernière dans sa chambre avec perte et fracas pour qu’elle se calme. Je ne suis pas fièr.e de moi. J’ai vraiment merdé. Je me sens nul.le. Tout est de ma faute… Et….STOP ! Ok. J’ai merdé. Ça peut arriver. Et maintenant, qu’est ce que je vais pouvoir faire et/ou changer pour que ça n’arrive plus ? De quoi j’ai besoin ? De repos ? De temps ? De lecture appropriée ? »

Voilà. Tout est dans ce point d’interrogation. Se questionner c’est déjà changer un peu. C’est se mettre au travail pour tenter de se sortir d’une situation délicate et inconfortable, dans l’intérêt de tous. C’est prendre ses responsabilités en transformant un sentiment « néfaste » en action constructive.

 

On n’a pas dit que c’était facile (tu noteras l’emploi du mot « travail » dont l’étymologie provient du latin tripalium qui n’était autre qu’un instrument de torture…), mais du point de vue de l’enfant, (puisque c’est notre base ici. Je le rappelle pour les nouveaux !) voir un parent à l’œuvre, qui prend le temps de fouiller, de se mettre en recherche, qui prête attention à ses besoins et à ceux des autres, qui sait – ou qui apprend à – faire preuve d’humilité et de remise en question…C’est plutôt chouette, non ?

 

Allez, courage ! Et « travaillez » bien  ♥

 

 

Aude, pour la Team Enfance Épanouie

 

 

 

[1] Claire Denis a étudié la psychologie et les sciences de l’éducation à l’université. Elle est médiatrice familiale et formatrice en analyse des pratiques professionnelles. Auteure de plusieurs ouvrages, elle est aussi engagée bénévolement dans des mouvements citoyens.

[2] G. AUSLOOS, La compétence des familles : temps, chaos, processus, Ed. ERES, Coll. Relations, Toulouse, 2008, p.158.

[3] Idem, p.159.

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Cinq méthodes radicales pour en finir avec les caprices. La cinquième va vous étonner !

Parents, futurs parents, simples victimes collatérales qui êtes passés au moins une fois par une caisse d’hypermarché un samedi après-midi, vous le savez, nous sommes tous à la merci des caprices, que nous ayons des enfants ou pas.
Mais ça n’est pas une fatalité, et nous allons vous livrer dans les lignes qui suivent cinq secrets qui vous permettront d’esquiver les caprices aussi sûrement que Junior esquive les cuillerées de purée, que ce soit dans les magasins, en voiture, au restaurant, ou à la maison.

Portrait d'Edouard VI, prince de Galles à deux ans, Hans Holbein le Jeune.

Portrait d’Edouard VI, prince de Galles à deux ans, Hans Holbein le Jeune.

1. Dans les magasins

A tout seigneur, tout honneur, commençons par le plus connu de tous, le champion des caprices, le roi des caprices, le dieu des caprices : le Caprice des Dieux.

Créé en 1956 par Jean Noël Bongrain, le Caprice des Dieux est une marque de fromage à pâte molle à croûte fleurie, ce qui dit comme ça fait penser à un vrai fromage, avec les petits asticots et tout et tout, alors qu’en fait on dirait plutôt du savon. Du savon mou à croûte fleurie.

Jamais à court d’idées et histoire de se séparer de l’ivraie, Bongrain a l’idée d’en faire le premier fromage ovale. C’est le point de départ d’une communication parfaitement maîtrisée et ces efforts de différenciation (y compris du vrai fromage) porteront leurs fruits, puisque il se serait vendu plus de deux milliards d’unités depuis les origines, dans plus de cent cinquante pays, et que près d’un foyer français sur trois en planque un dans son frigo.

Donc pour éviter ce caprice il faut la jouer fine.
Fuir tous les commerces de bouche (sauf les fromageries bien sûr), mais aussi contourner de suffisamment loin la Haute-Marne, le Mâconnais et l’Anjou, où sont produites les savonnettes.
Bien sûr, si vous habitez un de ces coins, on ne pourra pas faire grand-chose pour vous. On a dit « radicales », pas « miraculeuses ».
Et il reste bien sûr le problème du foyer sur trois, mais bon c’est vous qui choisissez vos amis hein ?

2. En voiture

Evitez les États-Unis et l’Australie.

En effet, c’est en 1965 que Chevrolet lance la production de son modèle Caprice, production qui sera reprise par Holden, une autre division de General Motors, à partir des années 2000 (aux États-Unis, car Holden fournissait déjà la Caprice en Australie à partir de 1990).
Tout au long de sa production ininterrompue , la Caprice a été le modèle le plus cher et le plus luxueux produit par Chevrolet, et comme c’est Wikipédia qui le dit, c’est sûrement vrai.
Ce qui est sûr, c’est que ça n’est pas une voiture pour rigoler : le modèle 2016 est disponible en Alchemy Deep Purple, Caprice Alto Grey, Caprice Heron White, Caprice Phantom (!) et Caprice Silver Ice Metallic. Il n’y a pas Caprice Funky Canary, ni Caprice Hot Road Red. Tu parles d’une Caprice…

Du coup, si vous vous tenez éloignés des Amériques et des kangourous, peu de risques de la croiser.
Ah, gaffe aussi en Belgique ou dans les Pyrénées, j’en ai trouvé deux en vente sur internet.

3. Au restaurant

N’allez pas à Hong-Kong.
Et si vous allez quand même à Hong-Kong – et vous auriez raison, c’est terrible Hong-Kong ! – n’allez pas dîner au restaurant deux étoiles du Four Seasons, le Caprice.

En plus, franchement, ça serait gâché.
Déjà et d’une, est-ce qu’il est bien raisonnable de se cogner quatorze heures de vol pour aller à l’autre bout du monde et finir par manger « Le Loup de Méditerranée, Les Coquillages », « Le Turbot de Ligne de la Côte d’Opale, L’Artichaut » ou « L’Agneau de l’Aveyron, Polenta, Cèpes », alors qu’il y a tout un tas de petits restaurants qui servent des repas bien plus exotiques et bien moins chers tout autour ?
Et si ça ne vous suffit pas comme raison, la chouette vue de Hong-Kong, celle avec toutes les ampoules et tous les néons allumés, qui ne fait pas du tout penser au réchauffement climatique, c’est quand on regarde le Four Seasons depuis l’autre rive de la baie, pas quand on est dedans.

4. A la maison

Née en juin 1979, Virginie Gervais, est une actrice, euh, exotique comme on disait dans le temps, qui a tourné dans quelques films olé olé, avant de devenir une personnalité du petit écran. Tout ça sous le pseudonyme de Virginie Caprice.

Bon, normalement, pas de ça chez vous, sauf peut-être si il y a des hommes à la maison (13 ans, ça suffit) et que vous regardez dans l’historique de votre navigateur.
Mais ça faut pas.
Faut pas faire Ctrl H.

Vous l’avez fait ? J’vous l’avais dit. De pas le faire.
Bon, tant qu’on y est, si vous trouvez « spanking » dans l’historique, pas de panique, c’est sûrement un lien vers l’article « Spanking is counterproductive and dangerous » d’Alice Miller.
Sûrement.

5. En général

Ne faites rien.

Ou plutôt, ne cherchez pas à éviter les caprices, parce que les caprices, ça n’existe pas.

C’est une invention, une histoire pour faire peur aux parents qui font les courses, un complot ourdi par les bobos glutenophobes pour vous faire acheter des livres de parentalité « bienveillante ». D’ailleurs, Isabelle Filliozat et Super Nanny se connaissent et sont amies, la preuve elles allaient au ski ensemble en Vanoise quand elles étaient ados (ça, ça n’est pas Wikipédia qui le dit et on n’est vraiment mais alors vraiment pas sûrs).

Car non, un enfant ne fait pas de caprices. En enfant s’exprime, ou exprime des besoins, et nous, nous ne savons pas toujours bien interpréter la situation.

Il montre des bonbons, vous tire par la manche pour aller les voir ? Il va faire un scandale devant tout le monde ?
Pourquoi immédiatement penser qu’il va nous racketter d’un paquet de fraises Tagada, alors qu’il veut juste les regarder, parce qu’ils lui plaisent ?
Vous engueulez votre femme à chaque fois qu’elle s’arrête devant les villas de la vitrine de l’agent immobilier, quand vous revenez de la plage à Pornic ? Vous tirez votre mari par la capuche, quand il veut faire un détour par le rayon des smartphones, alors que son iPhone n’a que deux ans ?
Pourquoi alors ne pas simplement accompagner votre enfant, pour aller voir avec lui le jouet ou la friandise qui l’attire, lui dire ce que vous en pensez, en discuter avec lui ?
Vous pourriez être surpris.e du résultat.

Vous êtes au parc et il se roule par terre parce qu’il ne veut pas rentrer ? Tout le monde vous regarde ?
L’avez-vous prévenu, un peu plus tôt, qu’il lui restait encore le temps de faire un tour de tourniquet et deux descentes de toboggan ? Lui avez-vous dit que vous reviendriez demain, ou après-demain ? Ou êtes vous allé l’arracher à son occupation, sans sommation, parce qu’il « sait » que vous devez rentrer, et sans espoir de retour ?
En fonction de son âge, il a beau vous avoir écouté.e, et même vous avoir dit avoir compris qu’il fallait rentrer, cela ne veut pas dire que son cerveau, encore immature, a correctement assemblé tous les éléments, y compris le temps qui passe et l’heure qu’il est, qui sont des éléments terriblement abstraits. Un tour de tourniquet et deux descentes de toboggans, ça c’est du concret, du facilement quantifiable pour lui.
Vous non plus vous n’aimez pas qu’on vous fasse partir d’une soirée au beau milieu d’une conversation, quand vous vous amusez bien, et que Julia allait enfin raconter son dîner avec Tom, ou que Gégé expliquait comment il avait découvert que sa femme savait faire Ctrl H.
Alors posez vos sacs, mais pas trop loin hein, on ne sait jamais, et prenez votre enfant dans vos bras, réconfortez-le. Vous l’emmènerez à nouveau au parc, et il pourra à nouveau s’amuser, mais là on doit partir, et la prochaine fois, je te préviendrai pour que tu ne sois pas surpris.
Vous allez voir, vous pourriez être étonné.e. D’ailleurs on l’a mis dans le titre, c’était pas juste pour la blague.

Avant de tenter de résoudre un problème, il faut d’abord vérifier que ce problème existe.
Pas besoin de méthodes, car les caprices n’existent pas. C’est juste l’adulte qui ne sait pas bien comprendre l’enfant.

Ah, et on s’en moque, du regard des autres, car ce que vous allez faire ensuite avec votre enfant va les laisser sans voix.

Patrick