Événement « Deux bougies pour deux enfants »

Aujourd’hui, suite à une idée de Patrick, nous vous proposons un petit événement pour faire écho aux nombreux décès d’enfants récemment relayés par la presse -mais aussi pour les autres. Et pour allumer une petite flamme d’espoir que cela change.
Nous vous invitons donc à allumer 2 bougies le 22 février, et à envoyer une pensée à tous ces enfants.

Parents et éducateurs, n’hésitez pas à vous faire aider et a vous entourer, vous n’êtes pas seuls !
Merci.

https://m.facebook.com/events/599602780246964

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Edit 23/02 : Merci à tous pour votre participation. L’évenement Facebook a comptabilisé 122 participants et nous avons récupérés 75 photos de vos bougies. Merci pour ces enfants ❤

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Question de tempérament

« Il a sale caractère! »

« C’est un enfant difficile »

« Il demande trop d’attention! »

« Il n’écoute jamais rien! »

Parfois avec nos enfants c’est l’incompréhension totale. Pourtant on a l’impression de faire ce qu’il faut, de tout donner, mais ça ne va pas : c’est le conflit, la communication est rompue, tout le monde crie, pleure, se fâche, on tourne au rapport de force …

Qu’est ce qui se passe quand on est en conflit? La plupart du temps on ne se comprend pas, on a des attentes auxquelles l’autre ne répond pas. Quand c’est une mésentente entre deux adultes, on analyse facilement cette situation sous l’angle du « désaccord » de l’ « incompatibilité d’humeur » ou « de caractère ». Mais quand c’est entre un parent et son enfant, on a tendance à accuser l’enfant de « faire des caprices », de n’en « faire qu’à sa tête », « de provoquer », « tester », ne pas obéir …

Pourtant les enfants comme les adultes, ont leur caractère, leurs humeurs, et leurs besoins … Ces accusations de « provocation » se basent donc sur notre interprétation d’adulte qui ne comprend pas l’enfant qui essaie seulement d’exprimer son besoin ou son avis. Pourquoi au nom de leur position d’enfant, ces derniers devraient-ils s’assoir dessus et combler les attentes de l’adulte?

Pour certains c’est évident : parce que l’enfant « doit obéir », point. Or l‘obéissance n’est pas une « compétence » souhaitable : ni pour l’enfant et son bon développement, ni pour la relation qu’on souhaite établir avec lui. Le sujet de l’obéissance sera traité plus en détail dans un prochain article.

On préférera alors se placer dans une logique de coopération, où la relation repose sur la prise en compte des besoins de chacun, avec des compromis.

Nos besoins sont liés à différents paramètres, nous en avons beaucoup en commun (besoin physiques, affectifs…) et certains sont liés à notre tempérament ou notre (im)maturité cérébrale. Tout le monde s’accorde à dire que chaque personne est unique et a son propre tempérament. Les enfants aussi. Mais jusqu’à quel point sommes nous prêts à accepter leur individualité?

Savoir ce qui relève du tempérament (inné) ou de l’acquis est essentiel pour se comprendre et placer ses attentes vis à vis de l’enfant, tout en le considérant pour ce qu’il est sans chercher à le « formater » ou le « modeler ». Bien sûr, l’expression de ce tempérament doit aussi prendre en compte les autres (membres de la famille, entourage etc), et certains « aspects » (manifestations du tempérament) évoluent avec le temps et la maturation cérébrale. Mais si on est dans une logique d’autonomisation de l’enfant, on doit pouvoir le soutenir et le comprendre en l’accompagnant dans ses acquisitions tout en tenant compte de son tempérament qui lui est propre…

L’étude sur les tempéraments de Alexander Thomas et Stella Chess (1) révèle des dimensions inhérentes aux tempéraments qu’on pense à tord être uniquement liées à l’environnement ou à l’acquis. Voici, selon cette étude, les éléments qui rentrent en compte dans les traits définissant les tempéraments:

  • De quelle façon les enfants réagissent aux émotions (plus ou moins intensément)
  • Avec quelle facilité/difficulté un enfant cesse une activité pour passer à une autre activité (constance)
  • Comment l’enfant réagit aux changements de température, bruits environnements, variations alimentaires (changement de recette par ex), sent il ou réagit il au stress présent chez les autres? (Sensibilité)
  • Dans quelle mesure l’enfant réagit aux stimuli extérieurs (perceptibilité)
  • Comment l’enfant réagit aux situations nouvelles, aux changements (adaptabilité)
  • Régularité dans la satisfaction des besoins physiologiques (sommeil alimentation etc)
  • Besoin d activité Etc

Il y a donc des enfants qui ont des réactions plus ou moins intenses aux émotions (on sait que leur manifestation se régule avec la maturation cérébrale mais leur intensité est liée au tempérament de la personne). Il y a des enfants qui sont plus ou moins enclin à passer d’une activité à l’autre, qui sont plus ou moins sensibles aux modifications de leur environnement, à la nouveauté, aux changements, qui ont un rythme biologique plus ou moins régulier, qui ont plus ou moins envie de bouger….

Bref il y a autant de possibilités que d’enfants. On peut en déduire que la mise en place de certaines pratiques comme des routines pour l’endormissement, les repas, l’hygiène, le nombre de sorties extérieures peuvent en fait être une contrainte pour certains enfants (contrainte forte qui leur empêche d’être comme ils sont…). Or ces routines sont régulièrement conseillées voire errigées en dogme « parce que les enfants en ont besoin » et que « c’est bon pour eux ». Preuve en est que pas toujours et que les besoins dépendent aussi du tempérament.

Nos pratiques vont donc influencer les comportements de nos enfants et la façon dont ils vont exprimer leurs besoins : moins on les entend/comprend et plus ils risquent de les exprimer fort ou de trouver d’autres moyens d’expressions. Pour aller plus loin : une revue des études sur l’irritabilité du bébé et l’attachement (2). S’ajoute donc à cela le tempérament des frères/sœurs, des parents, de l’entourage plus ou moins proche… et on se retrouve avec des incompréhensions ou des conflits qui nous semblent insurmontables. Notre enfant peut par moment nous apparaître comme complètement étranger tellement son comportement (lié à son tempérament différent du notre) dépasse notre entendement…

Avoir conscience de ces dimensions permet donc de mieux cerner les besoins de son enfant et d’apaiser les relations en recherchant, quand l’enfant est plus grand, des compromis pour que les besoins de tous soient satisfaits (voir aussi notre article sur les besoins).

Maja fondatrice de www.leslunettesdemaja.fr pour Enfances Epanouies

(1) – THOMAS A., CHESS S. : Temperament and development, Brunner-Mazel, New York, 1977.

(2) – Hubin-Gayte Mylène, « Le développement de l’attachement des nourrissons irritables : une revue », Devenir, 3/2004 (Vol. 16), p. 199-212.

La douce violence… Ou pourquoi « c’est mal » de dire « c’est bien ! »

Professionnelle de l’action sociale depuis 12 ans, éducatrice spécialisée de mon état (initial ;-)), j’interviens régulièrement en tant que formatrice dans l’Institut Régional du Travail Social de ma région. Cet article s’adresse davantage aux professionnels de la relation d’aide ou du soin, mais également à tout parent désireux d’avancer vers l’éducation non violente…

 

Douce…Violence…Qu’est-ce donc que cet oxymore ? (A part « une figure de style littéraire visant à rapprocher deux termes apparemment opposés »[1])

La douce violence, pour certains, c’est aller chercher de la violence là où, en apparence, il n’y en a pas… Je dis « en apparence » parce que c’est cela qu’il convient de décrypter.

En apparence, parler d’un enfant ou d’un vieillard sénile à la troisième personne alors qu’il est présent, pour transmettre des informations à un collègue par exemple, ce n’est pas de « la violence », c’est du professionnalisme (et/ou une façon d’aller plus vite.)

Voici quelques autres exemples :

  • Poser des questions de curiosité de type « c’est un enfant désiré ? » à une femme enceinte lors de son échographie,
  • Presser un enfant ou un adulte dépendant, (Dépèche-toi ! Allez ! Hop hop hop ! Qu’est ce qu’il est lent!)
  • Nier l’émotion ressentie (Arrête(z) de pleurer ! On dirait une  fille/un enfant !)
  • Imposer à quiconque de s’habiller chaudement alors qu’il n’a pas froid, de finir son assiette alors qu’il n’a pas faim,
  • Donner des surnoms constamment (pour l’enfant c’est un risque de faille identitaire, pour l’adulte, on dira que c’est « infantilisant »…)
  • Coller des étiquettes (Tu es/il(elle) est sage-gentil(le)-méchant(e)-étourdi(e)-lent(e)-maladroit(e) …)

Et j’en passe…Vous en trouverez beaucoup d’autres dans les livres de Christine Schuhl[2].

 

En fait, dans le verbe, c’est une façon de sortir de la relation (éducative s’il en est) pour s’ériger en juge de l’autre, autre différent et donc parfois incompréhensible. C’est un mécanisme intellectuel qui provient du besoin d’aller vite, de classifier, d’encadrer, d’étiqueter pour faciliter  le travail du cerveau et pour comprendre. Cerveau qui s’en occupe parfois même sans que nous n’en ayons conscience.

J’en reviens à l’expression « C’est bien ! », évoquée dans le titre :

Il m’a fallu du temps pour mesurer cet aspect de la relation éducative, mais en effet, objectivement, dire « c’est bien ! » à celui que l’on « éduque », c’est un jugement de valeur.

Plutôt positif me direz-vous?

Certes! Mais qu’il soit positif ou négatif, le jugement de valeur est à proscrire de la relation éducative puisqu’il implique un jeu de pouvoir : « l’éduqué » est donc sans cesse contraint de mesurer ses capacités en fonction de l’échelle de valeurs de « l’éducateur ».

Ladite échelle étant forcément sensiblement (ou totalement) différente d’un individu à un autre, l’on peut dès lors envisager l’impossible situation dans laquelle de telles paroles « insignifiantes » peuvent plonger l’usager d’une structure, confronté qu’il est en permanence et de façon souvent non souhaitée à une équipe de plusieurs éducateurs d’horizons différents…

Alors luttons !

Mettons-nous à la place des gens, fussent-ils des enfants et ne cessons jamais de nous questionner !

 » Tiens, pourquoi j’ai dit ça ? Quel est l’objectif éducatif de ma demande, de mon intervention auprès de cette personne ? Comment je le prendrais si l’on s’adressait à moi de cette façon ? « 

Sortons du jeu de pouvoir qui pollue la relation et restons humbles!

« Qui suis-je pour me permettre de juger l’autre, positivement ou négativement? Qui suis-je pour lui imposer MA conception du  »bien » et du  »mal »? « 

Une citation dont j’ai oublié l’auteur, illustre parfaitement le propos: « Peu importe qui tu rencontres sur ton chemin, n’oublie jamais qu’il a déjà au moins une fois traversé l’enfer. »

Essayons de rester neutre et objectif, et pour cela, décrivons ce que nous observons sans qualifier et restons dans l’interrogative! (Bonus : laissons toujours la porte ouverte –pour ne pas dire « la main tendue »…)

Exemples :

«Hé ben ! Ta fugue t’as encore servi à aller te défoncer le crâne ! Salut, content(e) de te revoir. Je vois que la nuit a été difficile. Je me trompe ? »

« Aujourd’hui c’est dans ta chambre et t’en sors pas tant que tes yeux ont pas retrouvé une couleur normale c’est compris !? Est-ce que tu veux te poser pour qu’on en parle ? Ou encore « Quand tu seras prêt à en parler, j’aimerai que tu viennes me voir. »

« Je vois que ce mur est dégueulasse plein de feutre. QUI a fait ça ??!!! Comment faire pour nettoyer ça et faire en sorte que ça n’arrive plus ? » 

« Je vois que tu fais un joli dessin ! C’est très beau !  Tu as choisi plein de couleurs vives ! »[3]

 

Bref, soyons vigilants puisque la violence, qu’elle soit « douce » ou qu’elle le soit moins, s’immisce jusque dans le plus infime des recoins de l’accompagnement éducatif, si ancrée qu’elle est dans nos pratiques, jusqu’à l’être dans l’humain lui-même… N’oublions pas que notre posture d’éducateur consiste à accompagner, à aider, à secourir même parfois.

Nous sommes une béquille…pas une batte de Baseball…

 

Aude

 

Pour aller plus loin, généralement:

 

[1] Larousse

[2] Christine SCHUHL, Denis DUGAS, Repérer et éviter les douces violences dans l’anodin du quotidien, Ed. Chronique Sociale, Lyon, 2014.

[3] Pour aller plus loin sur ce sujet particulier : http://www.seveilleretsepanouirdemaniereraisonnee.com/2016/07/maman-il-est-joli-mon-dessin.html