Réflexion sur l’obéissance…ou pourquoi je refuse que mes enfants m’obéissent.

 

Qui de nous n’a jamais entendu  «  oh il a été obéissant  !  »  ; «  il est sage ton fils  »  ; «  tu obéis, oui  ?  »

Le relation d’adulte à enfant est généralement verticale et hiérarchique, basée sur l’obéissance/soumission. L’enfant doit obéir à ses parents, tout comme le salarié doit obéir à son patron. En quoi les relations verticales seraient-elle bénéfiques à la construction de tout un chacun  ? Des relations basées sur l’équité ne seraient-elles pas moins préjudiciables au développement des enfants, et par extension, des adultes  ?

I. L’obéissance et les relations verticales

Selon la définition du Larousse, l’obéissance est l’action ou l’habitude d’obéir, de faire ce qui est commandé  : l’obéissance des enfants à leurs parents.

Cette définition induit indéniablement un rapport de force, une domination, exercés par le plus fort (l’adulte), sur le plus faible (l’enfant), sans prendre en compte ses besoins et son niveau de compréhension.

Ainsi, sous couvert de prétendre savoir ce qui est bon pour nos enfants, nous les contraignons généralement dans un rapport de force qui souvent aboutit à des violences éducatives ordinaires, psychologiques et physiques (menaces, chantage, réprimandes, punitions voire tapes, claques et fessées). Sans oublier qu’une violence peut aller crescendo si les enfants refusent de se soumettre à l’autorité des adultes.

Il existe pourtant bien des situations dans l’histoire où la désobéissance a été remarquée, et remarquable. Je pense notamment aux résistants lors de la Seconde Guerre Mondiale, qui ont caché les juifs, et ont ainsi désobéi à ce qu’on leur demandait de faire. Je pense aux afro-américains qui se sont battus pour faire valoir leurs droits aux Etats-Unis (Rosa Parks, MLK, Malcolm X notamment). L’Histoire nous montre que l’obéissance, et donc l’asservissement, sont néfastes pour les Hommes. Pourquoi serait-ce différent pour les enfants  ?

II. Les conséquences de l’obéissance des enfants

Je pense que chacun d’entre nous préfère apprendre sans contrainte, sans soumission à une quelconque pression extérieure. Les apprentissages sont bien mieux assimilés quand les conditions sont favorables. Or l’obéissance est liée à un sentiment de crainte et de peur: on ne se soumet pas par consentement car dans ce cas on serait dans la coopération. La crainte et la peur génèrent du stress qui bloque les apprentissages. Cela abîme aussi la relation. Car Un enfant à qui il est demandé d’obéir sans discuter développera la crainte de l’adulte. Ces méthodes peuvent s’avérer dangereuses car la notion de consentement n’est pas transmise. Aussi cela conditionnera l’enfant à obéir ou suivre des adultes qui n’auront pas forcément de bonnes intentions à son égard.

Par définition, le consentement est l’action de donner son accord à une action, à un projet  ; acquiescement, approbation, assentiment. Or, en ne prenant pas en compte ce que les enfants pensent, on rompt la communication avec eux (leur avis ne compte pas, ils ne sont pas considérés). La fin du dialogue est la porte ouverte aux interprétations, aux visions négatives sur l’enfant et ses intentions. Ces visions entretiennent des schéma de violence dont il est difficile de s’extirper. Et on arrive à des «  mon enfant ne m’obéit pas, il me nargue…  ». Non, votre enfant refuse de se soumettre à des règles qu’il considère absurdes et sans aucun sens pour lui, pour son niveau de compréhension.

Car un enfant est mu par le désir de relations apaisées (créer du lien est un besoin vital) et il est prompt à coopérer quand il le peut. S’il ne coopère pas c’est qu’il ne le peut pas (incapacités physique, émotionnelle cognitive, momentanée ou plus temporaire). Ne pas tenir compte de cette incapacité et le contraindre à obéir est une violence.

« En voulant des enfants obéissants, sages trop tôt, vu leur développement psychique nous leur inculquons le culte de l’autorité qui amène à la violence collective. Ce type d’attitude crée chez l’enfant un conflit interne car cette obéissance nie la conscience de l’individu et peut entraîner des conséquences désastreuses. »
Arnaud Deroo 

Je sens déjà pointer les questions « et si mon enfant veut traverser la route en courant sans regarder, je le laisse faire ? »

Evidemment non, les règles liées à la sécurité me semblent les plus importantes. En revanche, pourquoi pas anticiper et prendre le temps de leur expliquer le danger, cent fois, mille fois s’il le faut, et ce de manière respectueuse ? Plutôt que de le faire obéir à une règle qu’il n’est cérébralement parlant pas en mesure de comprendre et d’assimiler, avec le lot de conséquences que cela peut engendrer ?

Pour respecter des règles les enfants ont besoin de confiance or quand on cherche l’obéissance on rompt cette confiance envers l’adulte. L’enfant doit pouvoir se reposer sur nous pour être entendu et compris.
Dans une posture de domination et d’obéissance, l’enfant se soumet par peur et crainte plutôt que de suivre les demandes de l’adulte par confiance.

    « Lorsque quelqu’un entend ma demande comme une exigence,

je le paie à chaque fois très cher,

car le lien empathique est rompu et le plaisir de donner, détruit.

Je perds alors ce qui m’était le plus précieux,

ma relation de confiance avec l’autre. »

Marshal Rosenberg

L’expérience de Milgram, réalisée dans les années 1960 par Stanley Milgram, psychologue, démontre que les gens sont prêts à exécuter des actions inhumaines/dangereuses par soumission à l’autorité. En effet, ils se sont conformés à ce que l’autorité commandait afin d’entrer dans le moule, appartenir à un groupe. Cette expérience comprenait quarante hommes qui pensaient participer à une expérience sur l’apprentissage et la mémoire.

L’objectif de cette expérience était de savoir jusqu’à quel point chaque homme obéirait aux ordres de l’animateur, alors que les dits-ordres (que chaque homme doit exécuter)vont peu à peu à l’encontre des valeurs de chaque participant.

L’animateur fait entrer deux personnes dans une pièce : la première sera l’expérimentateur, la seconde l’élève. L’animateur emmène l’élève dans une pièce adjacente, l’attache avec des sangles sur une chaise afin de l’empêcher de bouger les bras, puis lui installe une électrode au poignet. Il lui dit qu’il va devoir apprendre une liste de mots. Chaque erreur commise sera sanctionnée par des décharges électriques d’intensité croissante. (A noter que le rôle de l’élève est joué par un acteur, qui, bien évidemment, ne reçoit aucun choc électrique).

L’expérimentateur, véritable sujet de l’étude, est emmené dans une salle où se trouve un générateur de chocs électriques factice (mais ça, il ne le sait pas !) Ce générateur est composé de trente manettes de 15 à 450 volts sur lesquelles sont mentionnées les indications suivantes : « choc modéré », « choc fort », « choc sévère-danger » et « XXX ».

Le test de mémoire et d’apprentissage peut commencer. Quand la réponse de l’élève est incorrecte, l’expérimentateur doit lui administrer une décharge électrique en commençant par le voltage faible, puis en augmentant les volts.

Y-a-t-il un moment où l’expérimentateur va oser désobéir aux ordres de l’animateur?

L’hésitation survient quand l’élève commence à se sentir mal, à montrer des signes de douleur, à supplier d’être détaché, et à hurler.

Chaque expérimentateur s’est trouvé tiraillé entre les douleurs ressenties par l’élève, et les ordres donnés par l’animateur, lequel faisait acte d’autorité. Cependant, dès qu’un expérimentateur hésitait à envoyer le choc électrique, l’animateur lui intimait d’obéir.

 

En définitive, aucun expérimentateur n’a arrêté d’envoyer les décharges électriques. Aucun n’a refusé, aucun n’est parti. Le conformisme/le conditionnement ont été bien plus puissants que l’éthique de chaque individu, qui ont poursuivi l’expérience jusqu’au bout, car on leur avait « assigné une tâche qu’ils devaient accomplir ».

Ainsi, si l’on transpose cette expérience à l’obéissance des enfants envers les adultes, je vous laisse réfléchir sur les effets que cela pourrait avoir…

Expérience de Milgram

III. De la nécessité d’apprendre à nos enfants le discernement

L’obéissance est l’apprentissage de la soumission d’une personne sur une autre. Comme expliqué précédemment, d’un employé envers son patron, d’un peuple envers le gouvernement, d’un enfant envers un adulte…et il y a quelques décennies encore, d’une femme envers son époux. La femme devait obéissance et soumission à son mari. A mon sens, aucune soumission n’est souhaitable.

Prenons l’exemple d’un employé qui occupe un poste où la hiérarchie impose des valeurs contraires à la sienne  : il va se sentir impuissant, mal, dépressif parfois…ou bien il va combattre cette hiérarchie, au risque de perdre son travail car il ne sera pas soumis aux desiderata de son patron.

Imposer l’obéissance d’un enfant envers un adulte ne lui permet pas de savoir ce qui est bon pour lui ou pas, en toute autonomie. Cela lui apprend à se soumettre à des règles qui ne lui conviennent pas, parfois même qu’il ne comprend pas…parce que c’est l’adulte qui en a décidé ainsi. En revanche, si les adultes proposent des choix à l’enfant, expliquent, transmettent, sans domination aucune, avec respect, cela lui permet de faire preuve de discernement, de se responsabiliser, de savoir ce qu’il estime juste pour lui ou pas.

Si l’on désire que nos enfants soient capables de penser ce qu’ils veulent, d’avoir leurs propres opinions, d’être autonomes, qu’ils sachent reconnaître les injustices quand elles se présentent, laissons-les découvrir les règles de vie en société sans leur imposer. Laissons-les être suffisamment confiants pour répondre à l’adulte quand ils ressentent une injustice. Laissons-les dire non.

Anaïs Leonard Duquesne et Maja fondatrice de www.leslunettesdemaja.fr , pour Enfances Epanouies.

**BREAKING NEWS** La culpabilité, ça se transforme!

Que le premier parent qui n’a jamais culpabilisé de l’un de ses agissements de parent lève la main !

Personne ?

OK. Merci. On peut donc partir sur une base commune.

La pression sociale du « bon-parent-bienveillant-mais-ferme-voire-strict » étant ce qu’elle est, et face aux regards souvent réprobateurs de notre environnement, le doute s’installe et la culpabilité nous assaille parfois.

 

Mais au fond, c’est quoi la culpabilité ?

 

Encore un prétexte de plus pour emprunter à Claire Denis[1] une formule que j’affectionne tout particulièrement : « faire résonner les mots, pour mieux raisonner. »

Pour le Larousse, la culpabilité c’est le « sentiment de faute ressenti par un sujet, que celle-ci soit réelle ou imaginaire. »

C’est cette idée de « faute » qui me fait rejoindre Guy Ausloos[2] lorsqu’il déplore la confusion qui est encore souvent faite entre la notion de culpabilité et celle de responsabilité. Aussi, pour l’auteur, la notion de faute dans sa dimension plutôt judéo-chrétienne, engendrerait celle de culpabilité.

Dans un sens plus systémique, le terme de responsabilité amènerait plutôt à celui de compétences, davantage enclin à l’accueil, par le système lui-même, de l’information nécessaire à la découverte d’« auto-solutions » et à l’émergence de l’« innovation » . Et l’auteur, de poursuivre :

 

« Une famille responsable signifie une famille qui a des responsabilités et qui est capable de les prendre.»[3]

 

À l’heure où de nombreuses voix s’élèvent pour parler du « métier de parents » (piquant au passage cette expression à Freud dont les théories sur l’enfance ont été amplement décriées), à celle où l’on voit passer maints articles au sujet d’une « parentalité positive qui a fini par nous gonfler », laissant ainsi à voir la pression vécue par les personnes acquérant ce statut à la fois si évident et si particulier, comment se situer pour simplifier la donne sans risquer de paraître « simpliste » ?

 

Indéniablement, devenir parent, c’est accroître son champ de responsabilités.

À la mention « responsable de soi », le parent ajoute « responsable de l’Autre », et cet « Autre » en cela qu’il n’est pas encore autonome, est un être de besoins auxquels il faut répondre pour assurer sa survie et son épanouissement en tant qu’être humain.

Voilà donc le parent, adulte, responsable de la vie de son petit et de l’accompagnement quasi constant de son quotidien, concourant à mettre à sa disposition le terreau nécessaire dans lequel il pourra puiser pour devenir, à terme et à son tour, un adulte autonome, indépendant et responsable, adapté à la société dans laquelle il évolue.

(ou pas. Mais ça, c’est un autre débat 😉 )

Et même si je comprends que ce soit parfois une sorte de contorsion intellectuelle ET émotionnelle, nécessitant une grosse dose de remise en question, se départir de notre culpabilité de façon constructive est un processus aidant, sinon primordial à l’épanouissement des membres de la famille, fussent-ils des enfants.

 

Mais alors, comment je m’y prends ?

 

Attention ! S’il ne s’agit pas de balayer la culpabilité ressentie pour passer à autre chose parce qu’elle nous est insupportable, il s’agit encore moins d’essayer de se rassurer en cherchant des excuses à nos comportements et/ou du réconfort à grand renfort de « chaudoudoux ».

Non.

Désolée.

 Tout simplement parce que – pour reprendre une analogie philosophique de notre consœur Maja – « C’est comme casser son régime avec une plaque de chocolat et de le reprendre le lendemain en se disant qu’on fera attention plus tard ! »

Plus sérieusement, lorsque le sentiment de culpabilité paraît, il convient au contraire d’y prêter la plus grande attention dès les premiers signes. Considérons alors ce ressenti désagréable comme une sorte de signal d’alarme. En deux exemples, ça pourrait donner à peu près ça :

  1. La culpabilisation/déculpabilisation

« En ce moment, j’ai l’impression de passer mon temps à râler, gronder et crier parfois. J’ai même envoyé la petite dernière dans sa chambre avec perte et fracas pour qu’elle se calme. Je ne suis pas fièr.e de moi. J’ai vraiment merdé. Je me sens nul.le. Tout est de ma faute. Oui, mais j’ai la pression en ce moment, ce nouveau boulot, la fatigue, le mari/la femme qui travaille beaucoup, plus tout ce à quoi je dois penser pour les enfants, et mes parents qui me traitent de laxiste ! Ils ont peut-être raison finalement… ça ira mieux demain… ou ce weekend… ça arrive à tout le monde de craquer, c’est pas si grave… »

Le « Oui, mais… » est fatal. Non content de ne pas faire disparaître le problème, il se contente (au mieux !) d’atténuer un peu le sentiment désagréable en le mettant à distance…Jusqu’à la prochaine fois.

 

  1. La culpabilisation/responsabilisation

« En ce moment, j’ai l’impression de passer mon temps à râler, gronder et crier parfois. J’ai même envoyé la petite dernière dans sa chambre avec perte et fracas pour qu’elle se calme. Je ne suis pas fièr.e de moi. J’ai vraiment merdé. Je me sens nul.le. Tout est de ma faute… Et….STOP ! Ok. J’ai merdé. Ça peut arriver. Et maintenant, qu’est ce que je vais pouvoir faire et/ou changer pour que ça n’arrive plus ? De quoi j’ai besoin ? De repos ? De temps ? De lecture appropriée ? »

Voilà. Tout est dans ce point d’interrogation. Se questionner c’est déjà changer un peu. C’est se mettre au travail pour tenter de se sortir d’une situation délicate et inconfortable, dans l’intérêt de tous. C’est prendre ses responsabilités en transformant un sentiment « néfaste » en action constructive.

 

On n’a pas dit que c’était facile (tu noteras l’emploi du mot « travail » dont l’étymologie provient du latin tripalium qui n’était autre qu’un instrument de torture…), mais du point de vue de l’enfant, (puisque c’est notre base ici. Je le rappelle pour les nouveaux !) voir un parent à l’œuvre, qui prend le temps de fouiller, de se mettre en recherche, qui prête attention à ses besoins et à ceux des autres, qui sait – ou qui apprend à – faire preuve d’humilité et de remise en question…C’est plutôt chouette, non ?

 

Allez, courage ! Et « travaillez » bien  ♥

 

 

Aude, pour la Team Enfance Épanouie

 

 

 

[1] Claire Denis a étudié la psychologie et les sciences de l’éducation à l’université. Elle est médiatrice familiale et formatrice en analyse des pratiques professionnelles. Auteure de plusieurs ouvrages, elle est aussi engagée bénévolement dans des mouvements citoyens.

[2] G. AUSLOOS, La compétence des familles : temps, chaos, processus, Ed. ERES, Coll. Relations, Toulouse, 2008, p.158.

[3] Idem, p.159.

La réprimande : une violence comme une autre …

Pour ceux qui se sont penchés sur la nature des veo (cf liste des veo) on retient et intègre souvent les violences « classiques »: les châtiments corporels (fessées, claques, tapes, tirages de cheveux etc.), humiliations, chantage, menaces, punitions, récompenses etc. Mais il y en a une qui n’est pas toujours connue et pourtant répandue en terme de « pratique parentale », notamment quand on débute dans la non violence éducative ou accompagnement respectueux, ou quand on n’a pas encore fait le tour de la question.
Pourtant cette violence est exactement du même ordre, en ce qu’elle impacte le cerveau de la même façon : la réprimande – c’est à dire le fait de se fâcher contre son enfant en l’accusant de ses erreurs et/ou le blâmant de notre état (Dr Gueguen cite bien la réprimande au même titre que les autres veo 1): « pourquoi tu as fais ça? Tu n’aurais pas dû! » « C’est idiot/pénible/méchant/bête/nul/pas sympa… » « Qu’est ce que j’ai fait pour mériter un enfant pareil?! » « J’en ai marre de toi/ce que tu fais/dis »
Même si on ne dit pas à notre enfant lors de ces remontrances des méchancetés explicites (ou pire des insultes), ou si on ne lui crie pas dessus ou si on ne lui fait pas les gros yeux, la grosse voix, etc, par le fait même de l’accuser, de lui faire comprendre qu’il est un problème, et ce même si on s’efforce de dissocier son comportement de sa personne, dans le cerveau de l’enfant s’allument les mêmes zones que celles de la douleur intense.
Pour l’enfant si l’adulte, notamment sa figure d’attachement, se met dans des états d’énervement c’est qu’il en est responsable. L’enfant se considère alors lui même comme un problème et son cerveau réagit donc en conséquence en état de stress et de culpabilisation. De la même façon quand un adulte a des attentes auxquelles l’enfant ne peut pas répondre : il se sent comme défaillant, il ne va jamais se dire que son parent en attend trop de lui mais il va se sentir juste incapable… Il est en situation d’échec du fait d’attentes irréalistes et porte sur ses petites épaules le poids de la responsabilité de la situation.
Cette information est importante pour trouver d’autres façons d’interagir : ça ne veut pas dire qu’il ne faut jamais être en colère ou s’énerver mais quand on l’est il est primordial de bien dissocier notre enfant de notre état: « ok la je suis très en colère ce n’est pas de ta faute » Et ce peu importe ce qu’il a fait, même s’il a commis la goutte d’eau qui a fait déborder le vase : il n’est pas responsable de l’eau déjà présente dans le vase et encore moins de la taille du vase…
Dans le discours on peut très bien expliquer à l’enfant à chaud qu’on ressent de la colère (cf notre article sur la gestion des émotions de l’adulte – en préparation) et qu’on a besoin de temps pour un retour au calme avant de pouvoir discuter avec lui.

Que faire ? Des pistes en plusieurs étapes…

1. Comprendre le fonctionnement cérébral d’un enfant.
* Se renseigner ce qu’il est légitime d’attendre de son enfant en fonction de son âge.
* Ne plus le voir sous le prisme de préjugés : caprices, manipulations, calculs, provocations etc
* Comprendre que derrière ses comportements il y a soit un besoin non rempli, soit une incompréhension de sa part ou une incapacité (ponctuelle comme quand il est pris par une émotion, ou temporaire comme ne pas avoir acquis les codes sociaux et règles de politesse)
2. Amorcer le dialogue
* La profondeur de la discussion sur le conflit lié au comportement de l’enfant qui nous a dérangé va dépendre de son âge.
* Ne pas se focaliser sur l’erreur commise/comportement inapproprié (ce qui est mal et sur les conséquences de ses actes).
* Lui expliquer l’attitude appropriée attendue et lui partager notre confiance à ce qu’il essaie d’adopter cette attitude la prochaine fois ou bientôt quand il sera en capacité de le faire.
3. Mise en situation et proposition de réaction: exemple de l’enfant qui tape
« Je sais que c’est difficile pour toi et que bientôt tu trouveras d’autres façons d’exprimer ta colère ». En fonction de notre état émotionnel et celui de l’enfant avoir cette discussion à froid est souvent plus productive, mais cela dépend de chacun et de la situation…
Certains vont penser : « oui mais alors il ne va jamais comprendre ses erreurs ni se responsabiliser »? Je répondrais alors : « qu’est ce que nous voulons? que nos enfants se sentent mal, culpabilisent et restent dans des sentiments de honte par rapport à leurs erreurs ou qu’ils apprennent à mieux faire? »
La réponse à cette question nous conduit naturellement à la position à adopter pour atteindre l’objectif choisi : on le sait un enfant ne peut apprendre dans la peur et le stress. Ces états bloquent son cerveau. Et les réprimandes génèrent autant de peurs et de stress que les autres veo précitées: je crois alors que dans une logique d’apprentissage notre choix sera vite vu… Si on passe notre temps à réprimander notre enfant pour son comportement et qu’on désespère que celui-ci n’évolue pas il faut peut être revoir la façon dont on gère la situation.
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4. Partage personnel : de la théorie à la pratique
En théorie j’avais intégré une partie de ce raisonnement depuis longtemps.
Réprimande = veo = pas bien Pour mon enfant ok…
Mais quand mon fils me tapait lors de ses crises de colère, sur une période allant de ses 2 ans jusque environ 4 ans, cette connaissance était loin de me remonter au cerveau. Et c’est loin d’être une simple image car moi même j’étais envahie, submergée, par des émotions et qu’elles ne laissaient place à aucune rationalité : j’étais exactement comme l’enfant qui vit une tempête émotionnelle et qui ressent des pulsions de violence pour se défendre (me sentant moi même agressée par sa violence).
Je savais que s’il me tapait c’est qu’il souffrait lui même (un enfant qui fait mal A MAL). Mais comment être emphatique de sa souffrance alors que moi même je souffrais de son comportement. Il n y avait donc plus de place dans mon cerveau ni pour la réflexion ni pour l’empathie (empathie cognitive celle qui permet de comprendre ce que vit l’autre).
Avec un effort d’acceptation de ma propre souffrance et en la déconnectant des comportements de mon fils j’ai pu faire un premier pas (ok c’est lui qui tape mais si j’ai autant mal c’est que ça renvoie aussi des choses de mon propre passé dont il n’est pas responsable: le vase tout ça…).
Ça ne veut pas dire accepter la violence de mon fils, surtout pas, ça veut dire juste mieux comprendre mon état émotionnel et tenter de me reconnecter à lui. Je n’arrivais pas pour autant à supprimer la réprimande même si je les rendais moins violentes: je faisais des efforts à ne pas dire « tu me fais mal » je disais plutôt « je n aime pas les coups ça me fait mal ».
Je discutais toujours à froid avec mon fils de ces situations, il m’expliquait comment il n’arrivait pas à s’en empêcher car « son ventre lui dictait sa conduite ». C’était sa façon à lui de dire que c était pulsionnel et en théorie je savais aussi qu’ à son âge et jusque 5 ans le geste violent est une réponse normale dans le cadre d’une frustration (bien sur ce point est à nuancer en fonction du degré de violence, et de la fréquence: il peut y avoir alors d autres facteurs que la simple immaturité cérébrale).
Je voyais qu’ on était dans un cercle vicieux où avec mes réactions je l’enfermais dans son incapacité à faire autrement. J’ai alors tout simplement arrêté de dire qu’il me faisait mal. J’ai arrêté de souligner ses erreurs, je lui disais plutôt : « je vois que tu te sens mal » tout en parant les coups « si tu as besoin je suis là ».
Par ailleurs je cherchais à remplir les besoins non comblés de contact physique, même s’il y en avait déjà pas mal (cododo, allaitement, câlins) : je me suis mise à chahuter avec lui plus souvent (tous les jours) et plus longtemps des fois 1h ou 1h30… Ça fait maintenant plusieurs mois qu’on est sur cette « pratique » et mon fils a changé de façon d exprimer sa colère: il claque une porte et s’en va en pleurant au bout de 5 min il m appelle pour un câlin.
Je suis vraiment fière de son apprentissage et je suis aussi contente d’avoir pu inverser la vapeur en revoyant ma façon de faire. Je ne dis pas que c’est facile et que ça vient du jour au lendemain mais il y’a quelques infos à avoir comme celles partagée sur l’impact des réprimandes c’est un début mais ça ne résout pas tout. Il y a nos attentes, il y a les capacités de l’enfant, nos réactions à chaud, leur origine réelle etc. Surtout peu importe nos anciennes pratiques ça prendra peut être parfois un peu plus de temps mais il n’est jamais trop tard pour inverser la vapeur… Courage si vous vivez cette situation vous aussi ou tout autre qui vous oppose à vos enfants : vous disposez des ressources pour nouer de solides relations avec eux et les accompagner respectueusement.
Maja fondatrice de www.leslunettesdemaja.fr  pour Enfances Épanouies
sources :
1 Pour une enfance heureuse, Dr Catherine Gueguen