Réflexions autour de la séparation *PARTIE 1*

– Place des enfants, responsabilités des parents-

A la fois mondialisée et individualisée, la société occidentale en demande toujours davantage à ses membres, ce qui rejaillit sur l’équilibre familial et la place des parents, des enfants et des individus évoluant en son sein :
« On en demande beaucoup aux familles. Cela explique peut-être en partie le nombre important d’unions de fait et le haut taux de séparation et divorce. D’une part, on hésite à s’engager, d’autre part, on pense vite à la séparation si la vie de couple ne répond plus aux attentes. »[1]
Rapidité, compétitivité, vitesse, rendement, prendre du temps pour soi mais aussi pour les autres,… des injonctions nombreuses et souvent paradoxales qui peuvent engendrer de la confusion.
Faisons le point…

La séparation : entre chaos et opportunité

 

Point culminant du conflit dans le couple, la séparation est la plupart du temps vécue comme un échec, un anéantissement, une destruction de tout ce que le couple a pu construire durant ses années de vie commune. Psychiquement, l’analogie est désormais entendue : on parle du « deuil de la relation » pour évoquer le processus en marche lors d’une séparation, de la même façon que lors du décès d’un être cher. Il y a quelque chose de l’ordre de la perte dans la séparation. Mais se référer aux étapes du deuil ouvre une porte plus optimiste : le deuil prend la forme d’une vague qui vient clairement imager le processus en action.
 
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Il est à noter que la phase ascendante dépasse in fine la phase initiale, augmentant ainsi et de fait, l’acception positive du processus.
De la même façon, la découverte de l’idéogramme chinois du mot « crise » a fait émerger puis avancer ma réflexion à ce sujet :
« En chinois mandarin, le mot crise se dit weiji. Ce mot comprend deux caractères: le wei que nous retrouvons dans le mot weixian qui veut dire danger, et le caractère ji que nous retrouvons dans le mot jihui qui veut dire opportunité, occasion. »[3]
Ainsi, si la séparation est entendue comme étant un moment de crise dans les cycles de vie de la famille, elle peut également instiller l’élan du changement, la création du renouveau. À condition que les capacités d’adaptation et l’énergie créatrice des personnes puissent être mobilisées à ce moment-là, car « Ce conflit qui s’embrase au niveau conjugal menace la fonction et la relation parentales et risque de se répercuter sur l’enfant. »[4]
De ce fait, il est essentiel de prendre toute la mesure de la réalité des ressentiments, des émotions extrêmes pouvant être vécues dans une situation de séparation et ce, par chacun des membres de la famille.

Rester parents, c’est…

 

…Rester responsables conjointement de l’éducation et du quotidien des enfants.
Même après leur séparation, les deux parents restent pleinement co-détenteurs de l’autorité parentale aux yeux de la Loi française.[5]
Ainsi, même si les bouleversements sont nombreux, les émotions fortes et les situations familiales complexes, « on est parent pour la vie. »[6] selon la formule d’Annie Babu et Pierrette Bonnoure-Aufière.
Ce qui implique de pouvoir conserver des relations d’une qualité suffisante pour que des transmissions au sujet des enfants puissent s’effectuer dans le but de conserver une cohérence parentale. Cette cohérence est nécessaire au bien-être et à l’évolution de l’enfant et constitue un véritable pilier qui l’aidera à grandir dans la sécurité, grâce à des repères clairs. Bien entendu, l’idée n’est pas de “faire bloc face aux enfants” mais bien d’assurer le minimum de communication requis pour permettre un passage des informations concernant les enfants, et ce, le plus sereinement possible.
Rester parents, c’est aussi savoir rester protecteur, assurer la sécurité de l’enfant malgré la tempête.
De sa sécurité physique, bien entendu, mais aussi affective :
« Apaiser l’enfant, le comprendre, lui donner le sentiment d’être en sécurité avec ses parents : ‘’je peux toujours compter sur mes parents, même si je me sens mal, si je suis en colère. Ils ne me rejettent pas, ils comprennent ce que je ressens.’’ Ce sentiment de sécurité affective donne de la confiance, de l’assurance. C’est un socle pour grandir, construire peu à peu son identité, penser par soi-même et devenir responsable de soi. »[7]
Lorsque la séparation fait émerger une souffrance importante chez le parent, il lui devient complexe de mobiliser l’énergie nécessaire à l’accomplissement satisfaisant de sa fonction parentale.
En effet, comment rester un parent sécurisant lorsque l’on est soi-même en situation d’insécurité affective ?
Il semble primordial que le parent puisse en premier lieu s’occuper de lui, de son malaise, de ce qui se passe en lui, émotionnellement, sans pour autant négliger l’enfant et tout en gardant à l’esprit que les tumultes émotionnels de ses parents peuvent provoquer chez l’enfant un état « sacrificiel », se niant lui-même au profit du parent qui « va mal ».
En mettant des mots sur ses émotions d’adulte pour pouvoir à son tour comprendre et nommer celles de l’enfant, le parent lui garantira plus de sérénité, lui permettant de vivre pleinement ses émotions à lui, sans être dans la crainte de créer de l’insécurité et du désarroi chez papa ou maman.

Et les enfants dans tout ça ?

 

« – Et nous ?! dit Julie en hurlant. Tu vas divorcer d’avec nous, aussi ? Tu ne nous aimes plus, c’est ça ? Tu préfères quelqu’un d’autre ?! »

Béatrice GALLOT, Et nous dans tout ça ? 2011

 

A l’instar de ses parents, l’enfant va entrer, lui aussi, dans un processus de deuil. En effet, il lui faudra faire le deuil du couple parental idéalisé, du modèle parental uni, de sa vie quotidienne présente, de certaines de ses certitudes ainsi que de la plupart de ses habitudes.
« Souffrance de devoir renoncer à la relation quotidienne avec un des parents, nostalgie de ne plus vivre avec papa et maman ensemble, perte de l’enveloppe familiale commune, la séparation parentale est une épreuve dans la vie de l’enfant. Il la surmontera s’il peut être écouté, accompagné. La séparation est angoissante pour l’enfant. La relation à chacun de ses parents n’est-elle pas aussi menacée? »[8]
De ce fait, l’enfant sera également pris dans un tourbillon émotionnel mêlé d’ambivalence où il lui sera compliqué de (re)trouver des repères. Il pourra aussi connaître la peur de perdre un de ses parents, de faire du mal à l’un ou à l’autre, ce qui risque de le pousser à réprimer ses émotions. Il se peut également qu’il se sente coupable de la séparation de ses parents :
« La culpabilité est présente aussi: face à cette situation de détresse, l’enfant croit qu’il aurait pu éviter cet événement douloureux, il lui arrive d’imaginer en être responsable. »[9]
Pour l’enfant, assister à la séparation de ses parents est donc le plus souvent synonyme de souffrance et d’incompréhension mêlées d’incertitudes quant à son avenir et à celui de ses parents. Les enjeux de la place de l’enfant dans ce cadre de séparation familiale resurgissent alors:
« La possibilité de permettre à un enfant d’être élevé par ses deux parents, lors de séparations familiales semble répondre à un besoin essentiel des enfants : celui d’avoir accès à ses deux parents, à sa filiation, à sa culture et d’être ainsi mis à l’écart du conflit en l’excluant de la relation avec l’un des deux ! »[10]
Dans ce contexte, considérer la souffrance de l’enfant au même titre que celle de chaque parent semble nécessaire pour permettre la construction de son identité, sur le modèle que lui offre chacun de ses deux parents, fussent-ils séparés. Bien entendu, il est question ici de toute situation « classique » où l’enfant ne serait en danger chez aucun de ses parents.

Quelle place pour l’enfant dans la séparation de ses parents ?

A la souffrance, au désarroi et à l’éventuelle culpabilité, s’ajoute pour l’enfant un sentiment d’impuissance face à la réalité de la situation :
« À la différence de ses parents qui sont acteurs de ce qui se joue, l’enfant assiste en simple spectateur à la fin de la vie telle qu’il l’a connue jusque-là. Il n’a aucun pouvoir sur ce qui arrive et est soumis à la façon dont ses parents gèrent la situation. »[11]
De plus, lors d’une séparation très conflictuelle, l’enfant est souvent synonyme d’enjeu pour ses parents qui, troublés par leurs souffrances d’adultes, voient parfois en lui un moyen de faire pression sur l’autre, jugé « responsable du malheur ». Il peut également devenir un « étendard », un bouclier derrière lequel le parent s’érigera lui-même en victime de ce qu’il vit comme étant des abus de la part de l’autre parent. Bien que ces mécanismes soient le plus souvent inconscients, la souffrance de l’enfant n’en est pas moins instrumentalisée pour servir le maintien du conflit qui oppose les parents.
Dans tous les cas, il s’agit d’un dysfonctionnement dans lequel l’enfant va se retrouver engouffré, porté par la façon que vont avoir ses parents de gérer le conflit qui les oppose.
Ces mécanismes, qui demandent à l’enfant de déployer une énergie considérable, s’opèrent souvent au détriment d’autres activités inhérentes à sa vie d’enfant. À trop s’investir dans le conflit parental, il n’a plus alors les capacités de trouver les ressources nécessaires à son épanouissement personnel.
C’est alors que peuvent advenir divers troubles chez l’enfant (désintérêt scolaire, troubles du comportement, baisse d’énergie, symptômes psychosomatiques…), qui rendront visible le dysfonctionnement relationnel parental.

Du point de vue de l’enfant…

…l’essentiel est que ses parents puissent rester quoiqu’il arrive, dans le prisme de sa protection, en étant attentifs à ne pas lui remplir le cerveau et les oreilles de leurs problématiques d’ancien couple.
C’est aux adultes de gérer ça, pas à l’enfant.
Et si, bien entendu, les parents ont le droit de ne pas être d’accord, ils ont aussi le devoir de prendre leurs responsabilités vis-à-vis de leur enfant, en faisant preuve d’ouverture, de discussion et de capacités à négocier afin de le débarrasser de ces rôles qu’on lui confère et qui ne sont pas les siens.
Et je conclurai la première partie de ce dossier consacré à la séparation familiale par une citation de Jocelyne Dahan, qui aurait pu se suffire à elle-même :
« La transmission des schémas parentaux sert de base, d’appui aux enfants pour se construire en toute sécurité, car les enfants d’aujourd’hui, adultes du 21ème siècle, auront vraisemblablement eux-aussi à accompagner leurs enfants. »[12]
Aude, pour la Team Enfances Epanouies
[1] A.BABU, P.BONNOURE-AUFIERE, Le guide de la médiation familiale, p.19.
[3] P.LAURENT, « Express Yourself : la crise, une opportunité au cœur du danger », L’EXPRESS en ligne, Juillet 2012.
[4] G.MONNOYE, Le professionnel, les parents et l’enfant face au remue-ménage de la séparation conjugale, Ed. YAPAKA, Coll. Temps d’Arrêt, Bruxelles, 2005, p.6.
[5] Loi du 4 mars 2002 relative à l’autorité parentale, Art.6.
[6] A.BABU, P.BONNOURE-AUFIERE, op.cit., p.20.
[7] C.GUEGUEN, Pour une enfance heureuse, p.314-315.
[8] G.MONNOYE, op.cit., p.15.
[9] Idem, p.16.
[10] J.DAHAN, E. De SCHOENEN-DESARNAUTS, Se séparer sans se déchirer, Ed. Robert Laffont, Coll. Réponses, Paris, 2000, p.142.
[11] « L’enfant pris dans la séparation parentale. » Article en ligne sur : http://www.yapaka.be
[12] J.DAHAN, E. De SCHOENEN-DESARNAUTS, op.cit., p.142.
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