Réflexion sur l’obéissance…ou pourquoi je refuse que mes enfants m’obéissent.

 

Qui de nous n’a jamais entendu  «  oh il a été obéissant  !  »  ; «  il est sage ton fils  »  ; «  tu obéis, oui  ?  »

Le relation d’adulte à enfant est généralement verticale et hiérarchique, basée sur l’obéissance/soumission. L’enfant doit obéir à ses parents, tout comme le salarié doit obéir à son patron. En quoi les relations verticales seraient-elle bénéfiques à la construction de tout un chacun  ? Des relations basées sur l’équité ne seraient-elles pas moins préjudiciables au développement des enfants, et par extension, des adultes  ?

I. L’obéissance et les relations verticales

Selon la définition du Larousse, l’obéissance est l’action ou l’habitude d’obéir, de faire ce qui est commandé  : l’obéissance des enfants à leurs parents.

Cette définition induit indéniablement un rapport de force, une domination, exercés par le plus fort (l’adulte), sur le plus faible (l’enfant), sans prendre en compte ses besoins et son niveau de compréhension.

Ainsi, sous couvert de prétendre savoir ce qui est bon pour nos enfants, nous les contraignons généralement dans un rapport de force qui souvent aboutit à des violences éducatives ordinaires, psychologiques et physiques (menaces, chantage, réprimandes, punitions voire tapes, claques et fessées). Sans oublier qu’une violence peut aller crescendo si les enfants refusent de se soumettre à l’autorité des adultes.

Il existe pourtant bien des situations dans l’histoire où la désobéissance a été remarquée, et remarquable. Je pense notamment aux résistants lors de la Seconde Guerre Mondiale, qui ont caché les juifs, et ont ainsi désobéi à ce qu’on leur demandait de faire. Je pense aux afro-américains qui se sont battus pour faire valoir leurs droits aux Etats-Unis (Rosa Parks, MLK, Malcolm X notamment). L’Histoire nous montre que l’obéissance, et donc l’asservissement, sont néfastes pour les Hommes. Pourquoi serait-ce différent pour les enfants  ?

II. Les conséquences de l’obéissance des enfants

Je pense que chacun d’entre nous préfère apprendre sans contrainte, sans soumission à une quelconque pression extérieure. Les apprentissages sont bien mieux assimilés quand les conditions sont favorables. Or l’obéissance est liée à un sentiment de crainte et de peur: on ne se soumet pas par consentement car dans ce cas on serait dans la coopération. La crainte et la peur génèrent du stress qui bloque les apprentissages. Cela abîme aussi la relation. Car Un enfant à qui il est demandé d’obéir sans discuter développera la crainte de l’adulte. Ces méthodes peuvent s’avérer dangereuses car la notion de consentement n’est pas transmise. Aussi cela conditionnera l’enfant à obéir ou suivre des adultes qui n’auront pas forcément de bonnes intentions à son égard.

Par définition, le consentement est l’action de donner son accord à une action, à un projet  ; acquiescement, approbation, assentiment. Or, en ne prenant pas en compte ce que les enfants pensent, on rompt la communication avec eux (leur avis ne compte pas, ils ne sont pas considérés). La fin du dialogue est la porte ouverte aux interprétations, aux visions négatives sur l’enfant et ses intentions. Ces visions entretiennent des schéma de violence dont il est difficile de s’extirper. Et on arrive à des «  mon enfant ne m’obéit pas, il me nargue…  ». Non, votre enfant refuse de se soumettre à des règles qu’il considère absurdes et sans aucun sens pour lui, pour son niveau de compréhension.

Car un enfant est mu par le désir de relations apaisées (créer du lien est un besoin vital) et il est prompt à coopérer quand il le peut. S’il ne coopère pas c’est qu’il ne le peut pas (incapacités physique, émotionnelle cognitive, momentanée ou plus temporaire). Ne pas tenir compte de cette incapacité et le contraindre à obéir est une violence.

« En voulant des enfants obéissants, sages trop tôt, vu leur développement psychique nous leur inculquons le culte de l’autorité qui amène à la violence collective. Ce type d’attitude crée chez l’enfant un conflit interne car cette obéissance nie la conscience de l’individu et peut entraîner des conséquences désastreuses. »
Arnaud Deroo 

Je sens déjà pointer les questions « et si mon enfant veut traverser la route en courant sans regarder, je le laisse faire ? »

Evidemment non, les règles liées à la sécurité me semblent les plus importantes. En revanche, pourquoi pas anticiper et prendre le temps de leur expliquer le danger, cent fois, mille fois s’il le faut, et ce de manière respectueuse ? Plutôt que de le faire obéir à une règle qu’il n’est cérébralement parlant pas en mesure de comprendre et d’assimiler, avec le lot de conséquences que cela peut engendrer ?

Pour respecter des règles les enfants ont besoin de confiance or quand on cherche l’obéissance on rompt cette confiance envers l’adulte. L’enfant doit pouvoir se reposer sur nous pour être entendu et compris.
Dans une posture de domination et d’obéissance, l’enfant se soumet par peur et crainte plutôt que de suivre les demandes de l’adulte par confiance.

    « Lorsque quelqu’un entend ma demande comme une exigence,

je le paie à chaque fois très cher,

car le lien empathique est rompu et le plaisir de donner, détruit.

Je perds alors ce qui m’était le plus précieux,

ma relation de confiance avec l’autre. »

Marshal Rosenberg

L’expérience de Milgram, réalisée dans les années 1960 par Stanley Milgram, psychologue, démontre que les gens sont prêts à exécuter des actions inhumaines/dangereuses par soumission à l’autorité. En effet, ils se sont conformés à ce que l’autorité commandait afin d’entrer dans le moule, appartenir à un groupe. Cette expérience comprenait quarante hommes qui pensaient participer à une expérience sur l’apprentissage et la mémoire.

L’objectif de cette expérience était de savoir jusqu’à quel point chaque homme obéirait aux ordres de l’animateur, alors que les dits-ordres (que chaque homme doit exécuter)vont peu à peu à l’encontre des valeurs de chaque participant.

L’animateur fait entrer deux personnes dans une pièce : la première sera l’expérimentateur, la seconde l’élève. L’animateur emmène l’élève dans une pièce adjacente, l’attache avec des sangles sur une chaise afin de l’empêcher de bouger les bras, puis lui installe une électrode au poignet. Il lui dit qu’il va devoir apprendre une liste de mots. Chaque erreur commise sera sanctionnée par des décharges électriques d’intensité croissante. (A noter que le rôle de l’élève est joué par un acteur, qui, bien évidemment, ne reçoit aucun choc électrique).

L’expérimentateur, véritable sujet de l’étude, est emmené dans une salle où se trouve un générateur de chocs électriques factice (mais ça, il ne le sait pas !) Ce générateur est composé de trente manettes de 15 à 450 volts sur lesquelles sont mentionnées les indications suivantes : « choc modéré », « choc fort », « choc sévère-danger » et « XXX ».

Le test de mémoire et d’apprentissage peut commencer. Quand la réponse de l’élève est incorrecte, l’expérimentateur doit lui administrer une décharge électrique en commençant par le voltage faible, puis en augmentant les volts.

Y-a-t-il un moment où l’expérimentateur va oser désobéir aux ordres de l’animateur?

L’hésitation survient quand l’élève commence à se sentir mal, à montrer des signes de douleur, à supplier d’être détaché, et à hurler.

Chaque expérimentateur s’est trouvé tiraillé entre les douleurs ressenties par l’élève, et les ordres donnés par l’animateur, lequel faisait acte d’autorité. Cependant, dès qu’un expérimentateur hésitait à envoyer le choc électrique, l’animateur lui intimait d’obéir.

 

En définitive, aucun expérimentateur n’a arrêté d’envoyer les décharges électriques. Aucun n’a refusé, aucun n’est parti. Le conformisme/le conditionnement ont été bien plus puissants que l’éthique de chaque individu, qui ont poursuivi l’expérience jusqu’au bout, car on leur avait « assigné une tâche qu’ils devaient accomplir ».

Ainsi, si l’on transpose cette expérience à l’obéissance des enfants envers les adultes, je vous laisse réfléchir sur les effets que cela pourrait avoir…

Expérience de Milgram

III. De la nécessité d’apprendre à nos enfants le discernement

L’obéissance est l’apprentissage de la soumission d’une personne sur une autre. Comme expliqué précédemment, d’un employé envers son patron, d’un peuple envers le gouvernement, d’un enfant envers un adulte…et il y a quelques décennies encore, d’une femme envers son époux. La femme devait obéissance et soumission à son mari. A mon sens, aucune soumission n’est souhaitable.

Prenons l’exemple d’un employé qui occupe un poste où la hiérarchie impose des valeurs contraires à la sienne  : il va se sentir impuissant, mal, dépressif parfois…ou bien il va combattre cette hiérarchie, au risque de perdre son travail car il ne sera pas soumis aux desiderata de son patron.

Imposer l’obéissance d’un enfant envers un adulte ne lui permet pas de savoir ce qui est bon pour lui ou pas, en toute autonomie. Cela lui apprend à se soumettre à des règles qui ne lui conviennent pas, parfois même qu’il ne comprend pas…parce que c’est l’adulte qui en a décidé ainsi. En revanche, si les adultes proposent des choix à l’enfant, expliquent, transmettent, sans domination aucune, avec respect, cela lui permet de faire preuve de discernement, de se responsabiliser, de savoir ce qu’il estime juste pour lui ou pas.

Si l’on désire que nos enfants soient capables de penser ce qu’ils veulent, d’avoir leurs propres opinions, d’être autonomes, qu’ils sachent reconnaître les injustices quand elles se présentent, laissons-les découvrir les règles de vie en société sans leur imposer. Laissons-les être suffisamment confiants pour répondre à l’adulte quand ils ressentent une injustice. Laissons-les dire non.

Anaïs Leonard Duquesne et Maja fondatrice de www.leslunettesdemaja.fr , pour Enfances Epanouies.

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4 réflexions sur “Réflexion sur l’obéissance…ou pourquoi je refuse que mes enfants m’obéissent.

  1. Bertsch Eléonore dit :

    Ces paroles sont pertinentes et donnent envie d’appliquer la méthode. Mais effectivement l’enfant n’est alors plus adapté à l’école, nous n’avons pas les moyens pour l’école Montessori alors nous nous adaptons… À la maison c’est plus cool mais régi par les contraintes horaires boulot/école et obligations (courses, repas…) c’est difficile de trouver le bon équilibre! La société devrait changer! Nous devons trouver des solutions au quotidien, ca aide un peu jusqu’au jour où l’on est fatigué… Bref! Il faudrait réformer tellement de chose!

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